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La Tertulia

challenge 138 par Morganne

le 11/04/2009 à 19h50

Petite ballade en front de mer, je laisse mon york gambader, on est seuls, il trottine tout drôle à mes côtés.. soudain il s'échappe, il disparaît dans la haie qui borde une crique...


Youna, revient, allez tout de suite, viens je t'attend, elle revient fièrement arborant sa prise, une chaussure de sport à la gueule plus lourde qu'elle, elle me fait rire... soudain soucieuse, je lui dis "apporte, moi ça, je lui dit remporte en pensant au monsieur qui aura plus rien qu'une chaussure quand il se rhabillera, c'est une chaussure noire je regarde la marque je connais pas "gazelle" c'est plus un running... mais bon, prête à la rejeter de l'autre côté de la haie, mon attention est captée par la chaussure qui sur un côté est maculée de sang...


Je me pense mais ce monsieur a certainement besoin d'aide, youna mon york en tête on escalade péniblement les rochers... je ne vois toujours rien il faut continuer de descendre, je me dis je vais me casser la figure.  Morganne tu as une drôle d'idée mais l'envie de porter secours est la plus forte et je continue la descente et là ahurie je vois un homme écartelé qui a dû rouler les rochers, il porte une énorme plaie sur le visage tuméfié, et son côté que j'aperçois est plein de sang, là je comprend il est mort.... le feu au trousse je rappelle ma chienne et on remonte vite fait... mais dans ma déroute je m'aperçois que j'ai toujours la chaussure à la main...


Je reste là ébétée, la chaussure à la main youna aboyant en me disant fait quelque chose. Je cherche mon portable mais rien, plus de portable j'ai du le perdre en descendant, je cours ma chienne devant il n'y a toujours personne... une villa est en vase clos mais un interphone, je sonne et je dis il y a un homme qui est mort en bas pas loin de chez vous... une voix me dit, on m'a déjà fait le coup passez votre chemin... je vais un peu plus loin une autre villa, dans cet endroit de sainte maxime les villas sont des forteresses, un chien qui doit être super énorme aboie, mais j'essaie désespéremment et là il y a une caméra et on me dit mais vous êtes droguée, je dis non simplement apeurée, j'ai trouvé un.... et je continue mon layus.... mais pareil on refuse de m'ouvrir... sainte Maxime est à trois kilomètres environ... que faire.


Quand soudain miracle, un jeune homme en rollers arrivent... là sans hésitations je me met devant lui quitte à le faire tomber j'ai l'impression d'avoir trouvé un allié.... il s'arrête, et me dit "calmos ca va pas" je tourne la tête des deux côtés sans pouvoir parler, il me fait assoir et  me donne à boire... au bout d'un moment je me calme et je lui explique...  il sort son portable et appelle un numéro... la police...


Youna est à côté de nous, moi assise toujours avec ma chaussure et lui qui s'appelle yvan, est aussi sur le bas côté et on attend... je tremble de tous mes membres.... il ne sait que dire pour me calmer...


Soudain une voiture de gendarmerie arrive ainsi qu'une ambulance de pompiers, je leur indique l'endroit, et on m'ordonne de rester ici... je ne bouge pas je suis comme de pierres, mais là dans ma tête il s'en passe des choses....  je me dis mais j'ai la chaussure, qu'ils me prennent bien sur, j'ai plus mon portable... que va t-il m'arriver...


Le policier m'ordonne de monter dans la camionnette et me dit non pas le chien et pas vous monsieur on vous entendra après.... je n'en mêne pas large... j'ai le temps de voir qu'yvan s'occupe de youna.. et ca me soulage car la piste cyclable est déserte mais la route non.... celle du golfe de saint tropez...


Après avoir tout expliqué, le policier me dit on va vous conduire au poste après avoir entendu ce monsieur... je vois qu'on remonte le corps d'un homme jeune dans l'ambulance des pompiers, s'il n'est pas mort il est en mauvais point... l'ambulance part tout alarme hurlante vers je ne sais quoi la morgue c'est un peu drole, l'hopital il n'est peut être pas mort.... espoir.


Puis après avoir entendu la version d'Yvan qui a eu le malheur de se trouver là... je me retrouve à la gendarmerie de saint tropez avec lui, pas celle du gendarme (louis de funès) mais la nouvelle vers la place des lices... on me demande si je veux appeler mon avocat je lui dis mais je suis en vacances, aux marines de grimaud et je n'ai jamais eu besoin d'un avocat... il me tend un portable et me dit c'est le votre je dis oh oui merci, il me dit non pièce à conviction.... la chaussure aussi..  Je demande à téléphoner on me dit oui mais une fois, je suis une grande meurtrière, là on me sépare d'Yvan et Youna est où ca je sais pas....


L'attente me semble longue longue, on m'interroge mais ca les énervent car je dis toujours pareil, je peux pas dire je l'ai tué, je dis je ne le connais pas... en plus je sais pas si c'est un homme ou une femme... il me dit c'est un homme et vous le savez... ca commence à m'énerver mais je me calme, mon mari arrive, me voit dans cet état.... et il appelle lui un avocat... à qui j'explique tout... et qui me dit, vous inquiétez pas je téléphone où on a emmené le cadavre mais je pense qu'il n'est pas mort et que au contraire vous l'avez sauvé... ouffff soulagement... mais pas sur..


L'avocat part aux nouvelles et revient il me dit il est dans le coma mais il dit un nom mais ce n'est pas le votre il faut attendre.... Mon mari veut m'emmener, mais ils refusent... l'avocat intervient et dit mais vous ne pouvez pas la laisser rentrer sous réserve qu'elle ne quitte pas les marines de grimaud, ce n'est pas un assassin....


On a passé plus de quatre heures à la gendarmerie quand enfin on me permet de rentrer chez moi, on me redonne ma chienne qui a eu peur aussi, et on relache aussi Yvan... qui lui était en vacances mais à Port grimaud... un peu plus loin... mon mari nous ramène tous et on se dit mais qu'est ce qu'on a fait pour se trouver ici à ce moment précis....


Et comme dans les contes tout est bien qui fini bien le garçon sort de son coma c'est un allemand et il dit ils n'y sont pour rien c'est une bagarre qui a dégénéré avec un ami, il est homosexuel... et il a du avoir peur et s'est sauvé.... Il ne reste plus qu'aux gendarmes à nous faire des excuses et à nous redonner la liberté non surveillée....


Quelle belles vacances, promenade tranquille, en bord de mer avec Youna, une chaussure "gazelle" apparaît et on fini au poste de gendarmerie comme assassin avec un pauvre gars qui se baladait en roller, on ne s'oubliera pas oh non....



Morganne


Défi 137

le 11/04/2009 à 18h55

Dans ce midi de la France tout en couleurs, mer bleu azur, iodée, senteur d'eucalyptus après l'ondée, je marche d'un pas assuré vers ce village où je vais le retrouver.

Village ancien, perché sur une colline d'oliviers, place Gambetta, l'église prône vers la fontaine moussue, les figuiers que j'ai escaladé allégrement sont partis. Mais que reste-t-il de notre histoire ? de notre passé?  Des mas nouveaux ont enlevé la beauté du site la fontaine du thon s'appelle la fon du ton, le rayol qui nous y conduisait, vers nos amours inachevés...  avec sa petite rigole entre des murs pour cacher nos baisers... est maintenant enherbée.

Plus bas le Gapeau, rivière à Paques, rigole sans eau en été, mais sur sa promenade main dans la main on aimait s'y promener..

Toi et Moi, de ce temps il me reste dans la bouche mille saveurs, celle de la mer salée, le gout de l'huile du moulin des olives qu'on venait de presser. Ta famille en amenait pour les concasser.

Je me souviendrai longtemps du goût de fleur d'oranger de la "pogne" que tu m'offrais et que nous dégustions bouche contre bouche en riant, enfants qu'on était.

Tu voulais m'épouser, me passer la bague au doigt, avec l'accord de tes parents et même des habitants qui voyaient en moi une enfant du pays... mais moi je me suis sauvée... pourquoi ???

Je ne saurais jamais ce qui m'a guidé.

Aujourd'hui, j'ai parcouru en courant le "rayol", cet endroit secret où on se retrouvait. là j'ai rendez vous avec toi, bien des années plus tard, sous le grand figuier de notre enfance, seras tu là ? un doute s'insinue en moi.

Je m'avance un peu perdue, j'ai mille odeurs qui remontent, les chants des cigales m'accompagnent, et là j'arrive enfin essouflée, un peu inquiète, mon coeur bat la chamade.. le soleil m'ébouit, je regarde sur le bord de la fontaine, tu es bien là, assis, une main négligemment agite l'eau claire. Je te regarde, tu ne m'as pas vu, je suis hypnotisée, le temps s'est arrêté. Tu as muri, mais tu es plus beau que jamais.

A ce moment tu te retournes, et l'horloge du temps reprend son cours où l'aiguille s'était arrêté. Cinq ans ont passé.

Dans un élan tu te lèves et tu me reçois contre toi, heureux. Là je suis bien dans tes bras, lorsque nos lèvres se rencontrent, et doucement par petites touches tes lèvres effleurent ma bouche. Je me "love" dans le creux de ton épaule. J'avais oublié combien j'étais bien contre toi, blotti, n'ayant peur de rien, et combien je t'aimais, d'un amour que les ans n'ont en rien atténué en puissance.

Plus rien n'a d'importance, ni nos vies, ni le temps ; dans ton mas sous le grand pin tu me conduis, pin parasol pour abriter notre amour, les cigales chantent en l'honneur de mon retour. Serrés l'un contre l'autre nous passons le porche, et tu m'enlaces, plus fort et sur le lit pour la première fois, nous devenons amants. L'amour que je te refusais toujours, nous étions trop jeunes en ce temps, j'avais peur.

Que de temps perdu, je t'ai manqué tu m'as manqué aimons nous sous le mistral de Pagnol, ne perdons plus un instant. Louis, fais moi un enfant, un petit provençal à l'accent chantant, nous sommes adultes maintenant.

Mais que j'aime quand tes lèvres effleurent ma bouche...

Morganne

Histoire un peu en retard, j'avais peur de revenir sur ce site que j'aimais je fais plus des poèmes que des nouvelles j'espère ne pas vous décevoir... 

138

le 05/04/2009 à 19h46

La ville est bondée : l’heure de pointe ne pardonne pas. Un vacarme incroyable recouvre la scène, toutefois, il laisse entrevoir le visage usé et crispé des citadins. Tels des insectes rampants, les hommes circulent machinalement sur les trottoirs, ils ouvrent des portes, en poussent d’autres. Certains étendent le bras, puis montent dans les bus tandis que d’autres s’engouffrent dans des automobiles en claquant les portières. D’aucuns roulent déjà en tout sens dans des voitures sombres, collant le voisin de devant, menaçant de le soulever. Les automobilistes, comme toutes personnes pressées, accablés par une longue journée de travail, maugréent à la première occasion. Tout semble prétexte à nourrir la colère de soirée, celle qui ne demande qu’à naître, s’accroître puis exploser. Il est des automobiliste qui sont à l’affût d’un déclencheur de passion : un téléphone portable, un rouge à lèvres, de la musique à fond, un clignotant non utilisé, un geste insultant… Peu importe, les hommes, le plus souvent, ivres d’une journée passée à supporter différentes formes d’hostilité, voudraient bien expulser le trop-plein. Pourvu que vienne le prétexte. Aujourd’hui, personne ne rentrera chez lui le cœur léger ; les 18H00 passées sonnent la nuit et la solitude ; la fin d’une journée terne qui en annonce une plus triste encore. La couleur et la joie semblent n’exister que sur le papier figé… Voici ce à quoi le héros pense, debout sur le trottoir à l’angle de la rue Médecin et du boulevard des Cypriens. Ces lignes perpendiculaires, il les connaît bien, il les arpente chaque jour, le matin puis le soir.
Après avoir passé un temps à observer ses semblables, il marche désormais à pas régulier ; au bout de sa main droite, emprisonnée dans la sienne, il y a la main de Léa. Tellement chaude et réconfortante qu’il la serre fort, quitte à lui faire mal, quitte à lui faire peur. Léa ne s’échappera pas, parce qu’il y a des serments.
Samuel, le héros, ne peut pas courir. Un médecin l’a dit un jour, le marquant comme au fer rouge, le privant de ses choix, le muselant presque. Le jeune homme vit ; mais bien qu’idéalement calé entre les deux rails, il suffoque. Une situation qui n’a rien à voir avec le cœur cette fois. Assujetti à l’obéissance et aux règles astreignantes à chaque instant, il étouffe. Une sorte de bête noire vit en lui, elle le malmène ; l’incite sans relâche, lui soufflant encore aujourd’hui qu’il devrait tenter le coup, braver l’interdit, une fois rien qu’une, juste pour le plaisir d’être sur le fil. Il veut courir ? Il le peut. Mais pour cela, il doit accepter de dompter son cœur puis l’escroquer. La peur n’est pas recevable. Pas aujourd’hui.
L’envie irrépressible de toucher du doigt les fameuses limites l’enivre tout à fait en cet instant. La main de Léa peut-être, sûrement si l’on considère qu’être aimé rend invincible. Samuel s’interroge, suffirait-il simplement d’accélérer modérément et faire durer l’effort ? … Mourir stupidement sur le trottoir de la rue Médecin n’étant pas dans ses perspectives d’avenir, le jeune homme décide qu’il sera malin. Qui mieux que lui peut juger de ses capacités et prévoir sa résistance ? Demain, ne sera peut-être pas si terne que prévu finalement. Le voilà convaincu, fin prêt, la décision est facile depuis qu’il a rangé les conséquences au placard.
Il accélère le pas, la main de Léa toujours vissée dans la sienne. Il sent son cœur surpris, il guette ces réactions. Rien d’alarmant. Qu’il est bon de se sentir vivant ! Quelle douce sensation, comme une bouffée de jouvence… Si seulement cela pouvait durer… Comme, il sent que sa poitrine se serre, il baisse le rythme et maintient, il endort avec fierté l’adversaire et il se donne un but. Pourquoi pas le bout de l’avenue, pour une première, ce ne serait pas si mal. La réussite devient grisante, Samuel redouble d’efforts. Il perçoit son cœur qui s’emballe de nouveau encore un peu. Il réfléchit aux mètres qu’il a parcourus et s’en félicite. Là, il imagine que quelqu’un court derrière lui et veut le rattraper parce que les ressources du fuyard sont toujours illimitées. Il pense à ces parties interminables de loup glacé dans la cour de récréation lorsqu’il était enfant et qu’il fendait l’air, zigzagant entre les copains. Il s’entend rire aux éclats ; même si le souvenir est loin, l’écho tinte toujours dans ses oreilles. Samuel a le feu aux joues, Léa semble fantomatique. Il est bien, elle n’existe plus. Il relâche sa vigilance depuis qu’il a perdu sa main, comme coupé de la réalité. Le cœur envoie des signaux de détresse, la douleur naît dans la poitrine, là, derrière le sternum, elle s’insinue et occupe l’espace. Mais le jeune homme ne s’arrête pas, il a un secret : ses chaussures ailées. Avec ses vieilles gazelles dont la croûte retournée a un peu blanchie, il a l’impression d’avoir la moitié de son âge et de pouvoir embrasser les cieux. Il se sent bien dans la peau du Pégase moderne. Il se félicite de les avoir retrouvées dans un vieux carton oublié.
Toutefois la douleur devient brûlure, son espace devenant exiguë, elle s’attaque à la mâchoire et à son bras gauche qui refuse désormais de cadencer la course toujours plus rapide. Il regarde alors ses tennis, elles ont laissé échapper de la colle sur les semelles, elles ne sont plus très belles mais elles ont des vertus insoupçonnées : il s’en souvient. A l’angle de l’avenue, il y a une place, en son centre, le carrousel de son enfance. Et si elles avaient des propriétés magiques, peut-être que tout pourrait disparaître, comme dans un claquement de doigts ; la douleur, le cœur malade mais surtout ce rien qui prend toute la place à l’intérieur. Un souhait ridicule et puérile, peut-être mais qui vaut la peine d’être fait. Samuel ne veut plus renoncer même s’il ne voit plus très clair désormais, qu’est-ce que cent mètres lorsque les dieux vous transporte ? Il accélère encore. Une douleur inouïe le frappe souhaitant le faucher. Est-ce la fin ? L’attente est longue et la mort ne semble pas vouloir le cueillir… et si… ?

Samuel se réveille haletant dans son grand lit vide. Son cœur bat la chamade, plus fort qu’il n’est permis d’imaginer. Rien ne lui a jamais fait ça : aucune fille, aucune course, aucune peur. Rien. Il plaque avec force la paume de sa main sur son palpitant, pour vérifier. La sueur qui a trempé son lit, coule désormais dans le creux de son dos et à même ses tempes. Il frissonne. A côté de lui, il n’y a pas de Léa, d’ailleurs, il n’y en a jamais eu. Samuel n’amène personne chez lui, il dort chez elles, habitent les lits étrangers quelques heures et déguerpit, c’est ainsi depuis qu’il se préserve, parce que lui aussi a été marqué au fer rouge et lui aussi est un peu mort à l’intérieur. Son cœur fonctionne si bien qu’il l’offre à tout venant mais jamais vraiment, il est malade à sa façon. Une idée saugrenue lui traverse l’esprit, rien n’est anodin surtout pas avec les rêves. Est-il si différent de son alter ego ? Les pensées prennent des raccourcis et s’emboîtent, lui révélant une vérité surprenante : il sera réparable et pourra guérir si … Tel un enragé, Samuel sort de son lit et récupère un tabouret en passant. Il part dans le grenier et escalade les étagères bancales à la recherche de ses souvenirs. Il déballe avec frénésie son passé, tout vole au travers de l’appartement, des boîtes oubliées, des albums jaunis. Où donc sont-elles passées, ses vieilles gazelles aux propriétés magiques, s’il ne les retrouve pas, il se pourrait bien que son cœur ne puisse pas être recollé.

mayasuperstar

réponse défi 138

le 07/03/2009 à 14h43







- Dis papa, on doit aller trop vite avec ces chaussures là !

-  Je sais pas Ninie, tu sais on ne va jamais aussi vite qu’on le veut.


-  Oui mais si j’avais ces chaussures, peut être que je pourrais aller là où je veux et comme je veux


- Je ne suis pas sûr de ça du tout ma Ninie. Des fois on voudrait des choses, et on ne  peut pas les avoir ou les réaliser.


- C’est vrai alors, je pourrais pas ? Alors tu me les achèteras pas dis papa ?


-  Te les acheter, ha ça si, je peux mon amour, et puis ça te fera de jolis pieds.


- Mais à quoi ça va servir papa, si je peux pas courir avec ?

- Je te l’ai dit Ninie, à te faire de jolis pieds. Tu sais, moi aussi j’ai des baskets et puis je ne courre pas du tout avec.


- Oui mais parce que toi t’es trop vieux pour courir.

- Ah ben merci, je te signale que le vieux en question, il te ballade encore et encore depuis tout le temps et que je ne m’essouffle jamais à te pousser sur la balançoire, ou à nous balader ensemble.


- Rhoooo papa ze rigoleeeee !! je sais bien que t’es pas vieux.. et pis je t’ais, et ze t’aimeeee mon papa , même si je préfèrerais avoir ces belles chaussures pour pouvoir courir avec.


- Je sais ma chérie, je sais…

C’est fou comme la vie peut être mal faite. Il y en a qui peuvent, d’autres qui ne peuvent pas , c’est comme ça. Pourtant au départ, qu’est ce qui nous différencie ? Peu de choses en fait et malgré tout ça, les différences peuvent apparaître très vite. C’est le cas de ma Ninie, c’est en fait, notre cas à nous deux. Non pas qu’elle n’ait pas de mère, bien sûr que si elle en a une. C’est juste qu’elle est partie pour un avenir peut être un peu moins sombre pour elle, et que d’assumer ce qui lui paraissait insurmontable, était au dessus de ses forces. En tout cas, elle s’était tout simplement barrée à la naissance de Ninie. Curieux prénom Ninie, bien sûr ce n’est pas son prénom à mon amour, c’est juste son diminutif. Elle s’appelle Stéphanie, sinon. Elle est belle n’est ce pas ? C’est mon trésor depuis maintenant 7 ans. Elle égaye mes jours, elle me fait tenir les nuits, en fait, elle me tient à bout de bras. C’est fou tout de même. Après avoir perdu sa mère, par abandon, après avoir vécu le plus bel amour avec elle, me voilà seul sentimentalement dans ma vie, et avec ce petit bout de bonne femme. Oh bien sûr, elle suffit à mon bonheur, et si je ne l’avais pas, je ne sais ce que je serais. Vous aurez remarqué, que si elle n’était pas là, la femme qui l’a portée, serait encore là, et je ne serais pas seul, etc etc… Qui sait ? Le destin écrit son œuvre. Mektoub disent les arabes, c’est sans doute vrai. En attendant et bien ma Ninie rêve devant cette paire de baskets qui lui semblent être ses ailes pour qu’elle puisse courir, là où elle le désire, et surtout, au-delà de tout, pouvoir se mettre debout. Debout, comme ses camarades d’écoles, comme les enfants dont les regards croisés, sont souvent interrogatifs, étonnés, curieux, et parfois, apeurés. Il faudrait que les papas, que les mamans de ces enfants, voient en ma Ninie, autre chose qu’une petite fille assise. Si seulement, tous ces gens qui la dévisagent, savaient que dans sa tête, ma Ninie, elle courre bien plus vite que n’importe qui.


@Jean Fred 07/03/2009

Défi 138

le 03/03/2009 à 09h57

Salut amis Tertulians,



Je ferme le défi 137 et remercie les personnes qui y ont participé. Et vous propose l'idée saugrenue suivante. Ecrire à partir de l'image ci-dessous. (Non, vous ne rêvez pas ce sont bien des adidas gazelle)


J'ai déjà hâte de vous lire!



A vos plumes,


* mayasuperstar *

Défi 137

le 22/02/2009 à 14h26
Anne, l’épouse immaculée était affairée avec les autres invités dans la cuisine, elle organisait le désordre et distribuait les tâches. Ce soir-là, les amis étaient présents, chacun était de bonne volonté et proposait son aide. Ils ne s’étaient pas vus depuis quelques mois, l’anniversaire d’Alex en était le prétexte. On plaisantait beaucoup. Des rires fusaient, des ustensiles s’entrechoquaient : ils offraient une musique saine et heureuse. Le tapage montait de plus en plus belle. On s’agitait autour du gâteau, le mari que l’on allait célébrer, avait été expédié hors de la cuisine. L’ennui et la curiosité aidant, il observait désormais de biais. Lorsqu’il vit Sam frôler le rideau de séparation, il avança une main par l’embrasure de la porte et la saisit par le bras ; il l’entraîna en direction de la porte d’entrée.

Une belle nuit d’hiver froide et piquante s’était installée, la lune pleine tamisait les lieux, secondée par deux autres faibles lampadaires. Ils arrivèrent au bas des escaliers de la vieille bâtisse XVIIIème le feu aux joues, la différence de température les suffoqua. Accoudée au chambranle de la porte, elle lui souriait, ils ne s’étaient pas vus depuis bien trop longtemps, il lui rendit son sourire, marqua un instant et l’enlaça tendrement, les mains vagabondaient sur le dos.

Ils décidèrent d’un commun accord tacite de s’installer à quelques pas de là, sur les marches en pierre de l’église. Les deux jeunes gens étaient seuls, bercés par l’eau du lavoir qui s’écoulait avec force. Le froid de l’hiver montrait les crocs mais ne les dissuadait pas. Ils commencèrent à s’échanger quelques convenances et autres lieux communs, des inepties qu’ils abandonnèrent rapidement, puisque le moment paraissait propice, la conversation allait sans doute s’éterniser. Qu’importe, ils avaient le temps. Comme ils s’observaient intensément, la parole se suspendit pour se perdre tout à fait dans son écho. Le silence s’installa quelques secondes, l’instant durait une éternité, il annonçait la discussion profonde, celle qui coûte puisqu’elle est sans masque ni apparat.

Le besoin de comprendre plus que de savoir la taraudant, Sam brisa le silence, dans un souffle, et demanda des nouvelles de l’autre femme, l’intruse, celle qui torturait son ami depuis près d’un an déjà. Ainsi une nouvelle fois elle rompait le pacte qui l’unissait à Anne, elle savait son mari infidèle et semblait avoir choisi son camp. Alex ne réagit pas, à la fois muet et nerveux, il plongea sa main dans son blouson avec impatience puis l’abandonna là pour courir quelques mètres plus loin, il s’engouffra dans son 4X4 et revint aussi vite avec un paquet de tabac. Il fouillait désormais à l’intérieur pour se donner une contenance mais se refusait toujours de croiser le regard de son amie. La jeune femme assistait à la scène et tirait ses propres conclusions. Elle s’étonnait, Alex ne fumait pourtant plus, il roulait maladroitement, elle notait que depuis le temps, il avait perdu la main... Ses mains, voilà que Sam s’attardait sur elles, sur leur signification symbolique plus exactement. N’étaient-elles pas les représentantes évidentes de l’engagement, de l’amitié, de l’amour ? Comment pouvait-elles dissimuler, mentir aujourd’hui ? C’étaient pourtant ces mêmes mains qui un jour l’avaient, elle aussi caressée et ce, sans malice, sans imposture. Elle avait remisé cette vieille histoire d’adolescents dans un coin reculé de sa mémoire, mais en cet instant, elle se souvenait de combien son ancien amant était honnête, bienveillant et doux alors. Elle frissonnait malgré elle parce qu’elle se remémorait leurs moments, leurs promesses enfantines, tout ce qui avait de la valeur alors passait par leurs mains.

Soudain, Alex ne la fuit plus, elle redécouvrit la couleur de ses yeux, son regard se perdant sur ses tempes, elle remarqua quelque chose de nouveau et d’à la fois incongru : quelques cheveux blancs. Elle comprit qu’il souffrait et cela lui étreignit le cœur, elle perdit sa main dans son dos dans l’espoir de le cicatriser un peu. Le geste anodin se perçut comme un signal, le jeune homme se raconta, il expliqua Anne et détaillait l’Autre. Il disséqua la première pour envelopper la seconde. Sam écoutait avec intérêt les détails, stupéfaite, elle était, certes, l’amie celle qui conseillait et acceptait les révélations, pourtant les vérités lui trouaient le ventre. Elle connaissait Alex depuis près de 20 ans, ils avaient expérimenté ensemble surtout par jeu, Anne était aussi son amie, elle l’avait choisie, elle les avait même présentés, il y a longtemps ; peut être trop. Elle se rappela de leur rencontre fortuite, de leur mariage empressé, de la naissance de Léo juste après, de leur bonheur débordant et contagieux.

Maintenant, la jeune femme s’autorisait à s‘interroger comme si on lui en avait donné la permission, ses souvenirs d’eux étaient elliptiques, parce que sensément, elle avait dû gommer ce qui était laid. Elle cherchait, mais ne trouvait rien juste deux personnes, deux amis chers à son cœur, dont une qui jouait à désaimer. La mort de la vie à deux se révélait-elle souvent ainsi aux amis ? Les cendres dévoilaient-elles les failles d’avant ? Les trous béants par lesquels tout s’échappait, étaient-ils réellement invisibles ? Ou bien n’était-ce pas plutôt le regard qui se perdait devant, vers l’avenir  et qui ne voyait pas ce qui s’effritait à ses pieds ?

Anne connaissait désormais l’existence de l’autre femme, et pour comble, elle pouvait même mettre un visage sur celle qui avait tout broyé sur son passage, qui s’était plu à contempler les ruines avant de partir… Partie ? Sam en doutait, elle sentait la destructrice tellement là avec eux sur les marches. Elle la devinait dans la voix d’Alex quand il disait que sa femme était extraordinaire puisqu’elle fermait les yeux sur sa parenthèse. Elle lui apparaissait encore quand il lui confia qu’il restait, palabrant à n’en plus finir pour se convaincre plus que prouver le contraire. Elle la découvrait toujours lorsqu’il affirmait pouvoir relancer la machine. L’amie de toujours percevait le cœur, elle le voyait se consumer, esclave d’un signe qui ne viendrait probablement pas, elle réalisait avec horreur la mise en balance du pouvoir et du vouloir. Elle entrevoyait le convenu, envisagé faute de mieux.

Que l’amitié devenait lourde. Sam était soudain partagée dans ses convictions, quelqu’un qu’elle aimait profondément mentait, trahissait et blessait. Il reléguait la question de la fidélité après sa passion et derrière les non-dits. Elle le trouvait lâche et puant et aujourd’hui il lui donnait la nausée. Et pourtant elle s’en voulait, elle sentait que son jugement était pesant et définitif, qu’il n’était pas celui qu’elle se devait d’avoir. La fidélité, un de ses idéaux en fait, la rendait aujourd’hui atrocement silencieuse. Elle remarqua que sa main avait quitté le dos de son ami depuis un long moment et trembla un peu.  

 

*mayasuperstar*

 

 

  
"Etrange fidélité, je me sentais lié(e) à tes silences

C’est  étrange, du plus loin que me reviennent, ces ombres qui hantent mes jours, qui se sont dessinées comme des nuits sans fin, je me surprends à être toujours attaché à toi.

 C’est étrange comme la lueur des souvenirs, peut éclairer le semblant de souffle qui permet de vivre encore.  C’est sans doute ce doux visage que tu abhorrais lors que ton sourire me rendait ivre.

C’est étrange mais  bien du temps est passé, et depuis mon départ, je ne fais que marcher à reculons sur le chemin d’une vie que l'on m'a choisi, sans trop savoir si elle menait quelque part.

C’est étrange, mais  je me surprends parfois à te parler, bien que ce ne soit que les murs de mon invisible prison qui puissent encore m’écouter. 

C’est étrange, mais le pire ou le meilleur, est que tu me répondes, c’est du moins ce qu’il me semble

C’est étrange, mais lorsque j’entends ta voix, j’ai l’impression que ça résonne dans ma tête, dans mes souvenirs, dans ma vie, dans ma lente descente aux enfers de la déraison.

C’est étrange, mais quand le matin ose se lever sur mes nuits de débauchent médicamenteuses, j’ai du mal à te voir, à t’écouter, à te lire, à t’aimer, j’ai du mal, j’ai sans doute mal.

C’est étrange, mais on m’a dit, il y a un siècle, ou peut être hier, que tu étais parti très loin, vers des contrées plus .......là où sans doute, mes pas ne me mèneront jamais.

C’est étrange, mais mon horizon n’est que la couleur blanche de ces murs hauts et malgré leur clarté, quelque peu, lugubres.

C’est étrange,  mais il me semblait que je pouvais entendre les oiseaux, que je pouvais voir la couleur du ciel dans tes yeux, que je pouvais sentir la douceur de ta peau contre ma peau, que je pouvais….

C’est étrange, mais serait ce le revêtement étonnant de ma chambre qui semble filtrer l’extérieur de ce domaine que l’on m’a choisi bien malgré moi, contre moi, pour moi, pour que tu sois…

C’est étrange, mais doit on mettre après ce dernier mot, « protégée » ? Pourtant je n’ai pas cette impression d’être celui que l’on dit.

C’est étrange, mais je ne me souviens guère de ma main, j’ai du mal à voir mes doigts se serrer sur l'arme, j’ai du mal à voir la peur dans ton regard, j’ai du mal à percevoir les cris silencieux que tu as poussé quand….Ou peut être que je ne les entendais pas.

C’est étrange, mais j’ai aimé me coucher près de toi, j’ai tellement aimé être contre tes velours, même si ça n’a pas duré, même si on est venu me prendre à toi, même si tu as disparue.

C’est étrange, mais depuis ce jour, je ne fais que compter les minutes, les heures qui me séparent de toi, jusqu’à nos retrouvailles. Pour quand est ce déjà ?

C’est étrange, mais je ne t’entends plus, j’ai comme un casque qui me sépare du monde, et qui m’empêche de venir à toi.

C’est étrange, mais même silencieuse, je te resterais fidèle.


@Jean Fred 21/02/2009

ben oui fallait s'y attendre^^

le 20/02/2009 à 21h47
Etrange fidélité, je me sentais liée à tes silences, et pourtant, je n’étais pas la meilleure des amantes, pas ta préférée…. Mais tu m’as toujours acceptée dans ta couche, tes bras chauds et doux, tes mains ont toujours parcouru mon ventre avec autant de délice…. Combien de fois, tard le soir, seule et sans doute un peu désespérée j’allais te rejoindre, espérant y trouver un peu d’amour, ou peut être juste un peu d’attention … combien de sourires grâce a toi, parfois même des éclats de rire, en de rares fois nous nous disputions, je boudais un peu mais revenais toujours…
Tu étais belle, si belle, vive, intelligente, drôle, tous t’admiraient et te voulaient. Tu nous acceptais tous, à la fois mère et amante, amie et confidente, tu étais fière de ta liberté, tu n’étais pas comme les autres qui ne sont qu’à un, gardées jalousement comme si leur corps était un trésor. Le tien en était un…. Tu brillais et parfois, au creux d’une nuit ensommeillée tu m’éblouissais, jamais je n’oublierais cette étincelle dans tes yeux…
Le temps a passé, je me suis plus ou moins casée, avec un homme cette fois ci, je venais encore te voir, il n’était pas jaloux, il comprenait jusqu'à l’érotisme de notre amitié, il imaginait et souriait à la fièvre qui m’habitait quand j’allais te voir, quand fébriles nous nous étreignions…petit a petit, ton éclat se fit plus doux, plus tenu … c’est normal avec le temps, et je trouvais tes rides aussi attachantes que la courbe de ton ventre, certes moins ferme mais toujours aussi douce sous mes lèvres….je t’ai aimé, et je t’aime sans doute encore alors que tous ou presque te délaissent… plus assez jeune, plus assez fougueuse pensent ils, ils ne te connaissent pas, tu es comme une plante, comme une rose, tu t’épanouis chaque jour un peu plus lorsque l’on prend soin de toi, malgré tous tes amants, tu reste quelque part une petite fille triste et pleine d’espoir d’amour…. Je ferai renaitre tes sourires, je ne te laisserai pas te faner ma rose, ma reine…La seule chose que je ne comprends pas, mais qui te ressemble pourtant bien, c’est ton absence totale de rancune, ils peuvent bien te quitter, t’abandonner seule dans la nuit, jamais tu ne leur en veux, tu te comporte avec tes amants comme une mère avec ses enfants qui voudrait sans doute mieux, mais ne peut se résoudre a l’idée de renvoyer son ingrate marmaille… tu leur reste quelque part fidèle, et moi je les vois, ils semblent s’en foutre, ne se rendent pas compte de ton importance, du respect quasi religieux que tu devrais exiger d’eux, non, ils ne savent pas.. moi je sais, je n’oublis pas ta beauté d’antan, et je sais que tu pourrais redevenir la jeune femme forte et indépendante qui n’attend pas désespérément la venue d’un compagnon d’une nuit… tu demande plus, une véritable visite, prendre un thé ensemble, se blottir le soir l’une contre l’autre avec un sourire et partir dans une longue discution….il faut savoir te vénérer et certains me dégoutent, ils semblent ne voir qu’une fille facile, ils ne saisissent pas les nuances, tu es une reine avec tous ses sujets, et je suis ta fidèle servante… ils ne savent pas te parler, t’aimer… et ces silences dont tu me parles, ces silences qui te tuent a petit feu ! Comment rester insensible, comment accepter, comment voir et ne rien faire, ne rien dire, je voudrais me sentir toujours liée a tes silences, car même si je respecte ta fidélité, même si je comprends ta faim insatisfaite, insassiable, je ne peux pas accepter de te laisser dépérir seule car tu n’es sois disant plus assez attrayante, je t’aime trop pour cela, comprends tu ? Je t’aime tertulia !et je veux encore et encore pouvoir passer mes nuits dans tes bras….

Dina©

lancement d'un nouveau defi :)

le 19/02/2009 à 20h29
Malgré ma longue absence en ces lieux, je me permet de clôturer le dernier sujet pour en proposer un nouveau, j'y ai longuement réfléchie, j'ai beaucoup hésité, mais ces quelques mots, ancien pseudo d'une amie, ont toujours su attiser mon imagination, j'espère qu'il en ira de même avec la votre :)


"Etrange fidélité, je me sentais lié(e) a tes silences..."

et comme dirait l'autre: " à vos plumes!"

dina

defi par dina

le 16/02/2009 à 18h31
« Mais tais toi, bon dieu tu comprendras quand qu’il vaut mieux se la fermer ? »
« Je ne peux pas comprendre, je ne peux pas accepter !! J’veux pas vivre si c’est pour me taire ! »
« Mais on ne te demande pas ton avis, tu crois que du haut de tes quinze ans tu peux foutre la merde comme ca pour des caprices de gamine ! »
….
« Mais c’est pas un caprice, je voulais juste pouvoir discuter… »
Juste parler, échanger quelques mots
Toujours la même rengaine, mais petit à petit elle s’y fait
Il suffit d’être vide et on y arrive…
Se taire, se taire, dieu le père, c’est lui qui commande, lui et pas un autre… se taire, se taire, se laisser partir…
Se taire, se taire…
Belle se tait, Bella a le regard perdu, mais au moins elle se tait, se tait, se tait….


« Des mois qu’elle vient ici, des mois qu’elle mange sous not’ toit, et elle parle pas, elle dit pas un mot la mioche, c’est pas normal, c’pas sain… »
« Ton père a raison, elle a des soucis ?la timidité a ses limites, ou alors c’est maladif… »
« C’est pas maladif, c’est juste que chez elle ils… ils parlent pas trop en fait, donc elle a perdu l’habitude, mais t’inquiète, ca reviendra, j’veux dire, quand on est tous les deux elle arrête pas de parler, c’est juste, qu’elle pense qu’il vaut mieux se taire pour se faire accepter, elle flippe à l’idée de dire une connerie… »
« Ben on va pas la manger quand même, elle nous connait maintenant ! »


Bella mange en silence, son père parle, sa mère répond un peu et son frère a le regard ailleurs, Bella les observe, Bella pense mais moins qu’avant, penser c’est un peu se torturer, a quoi bon penser quand tout reste dans sa tête…
Bella sort de table, elle aide sa mère à ranger la vaisselle..
« Aujourd’hui y a un type qui a mit le dawa dans la classe, le prof a même pas osé le virer tellement il avait l’air vener ! »
Mas son père rentre :
« pff et c’est malin tu crois ca ? J’parie qu’c’était un bougnoul, encore un ptit con, ca me tue que vous compreniez pas que c’est votre avenir qu’est en jeu, et puis merde c’est le professeur tu le respecte point barre ! T’as de la chance que ce soit pas moi le prof, sinon j’peux d’tire qu’on entendrait les mouches voler dans la classe, ca vous ferez pas de mal quand j’vois ce que ca devient… »
Bella ne contredit pas son père, mais, elle voudrait hurler qu’elle voulait juste parler, parler merde ! Pourquoi faut il toujours que ca se termine de la même manière ?
« Mais tu sais, moi j’suis pas d’accord avec les élèves hein, faut pas de suite nous mettre dans le mê… »
Sa mère la coupe
« Arrête Bella, tais toi un peu, t’en a pas marre de provoquer ? »
« Mais enfin jv’.. »
Et le frère qui s’y met « mais t’as rien dans le crane ou quoi ??Puisqu’on te dit de te la boucler ! »

Alors, encore une fois, Bella se tait, se tait, se tait… Bella pense, elle rêve, mais surtout, bella se tait…
Bella se douche sans bruit, l’eau est trop froide mais elle ne le sent pas, Bella se couche mais ne rêve pas, Bella se lève, Bella mange mais sans sentir le gout de la nourriture.. Plus rien n’a d’importance, Bella tente juste de s’échapper de ce monde ou elle ne peut parler, un univers sans gout, sans odeur, juste le néant…
Bella écoute à peine ce qu’on lui dit, Bella ne participe plus en cours, parce qu’a chaque remarque, elle entend sa mère ou son frère « mais tais toi !! Pourquoi faut toujours qu’tu l’ouvres ? »
Alors Bella se tait, se tait, se tait…
Son p’tit ami vient la chercher, elle sort sans bruit, et reste assise dans la voiture, vide, elle écoute la musique et répond à peine aux questions, la conversation se meurt, a petit feu, elle ne fait rien pour améliorer les choses, à quoi bon ? Elle n’en a même plus envie…

Ca rentre bien les messages quand même, il en aura fallu des mois, mais maintenant Bella se tait, Bella n’a plus envie de rien, elle ne s’intéresse plus à rien, Bella se tait, se tait, se tait….


« Ben alors, elle vient même plus la p’tite, elle est malade ou quoi ? »
« Non, ‘fin.. Elle est pas bien en ce moment…ses vieux la font encore chier….elle préfère rester seule… »
« Ah… et toi, t’arrive pas à lui r’monter l’moral ? »
« Ben, c’est pas évident, j’la vois plus beaucoup… »
« Ah… »

Bella continue sa descente aux enfers, elle ne parle plus, elle ne pense plus, Bella se tait, se tait…. Bella n’a plus envie de rien, Bella pense qu’il suffit d’attendre, un jour peut être la vie vaudra la peine d’être vécue, mais pour le moment, elle n’a pas envie…alors Bella ne vit plus vraiment, elle végète et avance comme un fantôme, sans bruit, sans expression… Bella est vide…

Elle trouve un jour un mot dans son casier :

Te souviens-tu de cette chanson ?

« De mille saveurs
Une seule me touche,
Lorsque tes lèvres effleurent
Ma bouche.
De mille regards
Un seul me voit


Mais il fait noir, trop pour toi
Et tu n’arrive plus à me voir….
De mille saveurs
Une seule m’a touché
Aussi soudainement que ton cœur
Elle s’est effacée…. »


Un mot de désespoir, un dernier appel du seul qui l’avait vu, du seul qui l’écoutait, un au revoir de celui qui, malgré tout son amour, n’avait juste pas compris…


dina©