La Tertulia

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le 21/02/2008 à 00h17

Mon cher Pierre,

 

Voilà des mots que sans doute tu n’entendras pas, le courage me fait défaut ; quand il s’agit de toi, je perds le sens commun, j’agis de manière excessive ou je n’agis pas. Aujourd’hui, vient l’heure du bilan, je déplore que ce soit si tôt…. ou aussi tard. J’espérais que l’on m’offrit davantage de temps sur cette Terre, mais le grand Ordonnateur celui qu’il me plaisait tant de détester a décidé de frapper unae fois encore, un grand coup. Il me rappelle à lui par la petite porte et dans sa grande mansuétude, le bougre m’offre un sursis dérisoire : quelques jours tout au plus. J’ai honte de le laisser mener ma barque et de ne pas avoir le cran de me jeter sous un train. Tu te trompais, je renonce au destin des grandes héroïnes romantiques pour partir sans panache, je crois même que lorsque le moment viendra, j’aurai peur.

 

Un an déjà, peut-être plus, je n’ai plus vraiment la notion du temps. J’imagine que si tu le connaissais, tu prendrais mon récent mode de vie pour une démission et non comme un pèlerinage. Je n’oserai pas te mentir, car il est vrai que je vis telle une recluse dans la maison des Chapignades. Chaque nouveau jour, je pars à l’assaut de cette vieille bâtisse qui regorge de trésors. J’ai trouvé dans une vieille malle des photographies qui se plaisent à jaunir dans leur album, j’y découvre des regards et des sourires figés d’hommes au costume impeccable, de femmes dont l’histoire est presque palpable et d’enfants rieurs, tous mes aïeuls, toute une tribu singulière de non vivants. Dans le grenier, reposaient depuis près de 30 ans, entassés sous une couche extraordinaire de poussière, des kilomètres de bandes en super huit narrant le mariage de ma grand-mère Sylvia avec son beau militaire, celui qui périt sous les bombes, les vacances à St Malo sous les grandes tentes à rayures, les premiers pas de mon père devant l’étable de l’oncle Jean… C’est avec précaution, presque de manière religieuse que j’ai visionné le tout. Des petits bouts de vie dont je me repais, ils s’évertuent à me réchauffer le coeur et à sucrer mon quotidien. Mais le vide…pour me souvenir de tous ces instants, j’use des dizaines de stylos sur des cahiers d’écolier, des pages qui ne verront jamais le jour, et qui vivront le repos du juste au fond du tiroir du vieux chiffonnier. Ce matin, j’ai relu le premier carnet, celui qui rend les traces du passé si prégnantes et le présent si douloureux, celui qui me hante et me troue le coeur. ‘Le passé n’existe pas, seul le souvenir du passé est réel’, ce sont les derniers mots dont je me rappelle, je les ai retranscrit tels quels, sans doute par peur de les oublier, mais ils résonnent encore dans ma tête, tout comme ta voix. Je me souviens de cet instant-là, celui où j’ai senti en moi, dans cet endroit caché que je n’ouvrais qu’en de très rares occasions, cette parole anodine entrer avec violence et fracas. Je sens encore les gonds couiner un peu parce que la porte était trop peu souvent empruntée. L’étau qui me suffoqua alors, ne m’a plus jamais quitté. Je me souviens m’être sentie trahie et minable, t’avoir assené des paroles lourdes et éloquentes  puis avoir attendu de voir dans tes yeux combien je touchais fort et juste. Gagner m’a laissée plus vide encore et tu as quitté les lieux. Le bruit en bas de la rue, les cris puis la sirène, je les perçois encore mais tout est un peu flou après.

 

Aux Chapignades, je m’enfonce dans des souvenirs qui ne sont pas les miens, tu avais raison alors je t’avoue ma peine pour te faire souffrir un peu. La médiocrité me va bien. Gris de chagrin, la métaphore semble belle mais la réalité ne l’est pas car mon ivresse est celle qui fait vomir et dévore les entrailles. Savais-tu alors, que le chagrin après avoir annihilé toutes les émotions tue ? Est-ce pour cela que tu as manqué de prudence ? En moi depuis, seul réside la colère, celle que j’ai sentie t’habiter et que j’ai faite mienne pour qu’il me reste quelque chose. Je regrette, je regrette tellement. Quel sentiment étrange que celui d’attendre de voir le ciel s’assombrir et d’espérer un répit…

 

 

 

C'est peut-être ça qu'on cherche à travers la vie,

 

 rien que cela,

 

le plus grand chagrin possible

 

pour devenir soi-même avant de mourir.
Louis-Ferdinand Céline-Voyage au bout de la nuit

 

 

 

 

*fin du dix-septième cahier, retrouvé dans le vieux chiffonnier

 

 

 

mayasuperstar

 

 

 

 

Commentaires

Par @mandine le 24/02/2008 à 20h17

Soufflée... Encore une fois...

Avatar de angelilly

...I need my baby love...

Par angelilly le 21/02/2008 à 17h34

je suis d'accord avec toi isie, on ne trouve pas les mots apres avoir lu ce texte.

Avatar de isie

quelque part par là, j...

Par isie le 21/02/2008 à 16h04

je le redis, hein, mais .... voila quoi. pfiout



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