Allongée dans son lit, elle n’attend plus rien. L’aube, peut être. Et encore. Sandra passe régulièrement la tête dans l’embrasure de la porte, juste pour être sûre. Sûre qu’elle respire encore.
Les heures se transforment en jour, les jours en mois. La nuit, tout le temps.
Et après tout, c’est beau, la nuit. C’est l’oubli, le rêve, les espoirs auxquels on peut encore s’accrocher avant que le soleil réveil la vérité.
C’est les marques des draps sur la joue, l’oreiller humide des rêves inaccomplis, et inachevés.
La nuit. Et pourquoi pas, après tout ? peut être qu’elle est bien dans son lit. Toute blanche, toute petite, toute ridée.
Peut être que ses enfants ne lui manquent pas, finalement. Peut être que l’oubli dont elle est l’objet, elle ne s’en rend pas compte. Perdue dans ses rêves, dans sa nuit éternelle.
Sandra la croise tous les jours depuis neuf mois maintenant. Chambre 205, service des soins palliatifs.
Elle n’est déjà plus là, déjà elle est absente. Juste un corps qui respire à peine, une poitrine vidée qui se soulève mécaniquement. Elle parle parfois, elle sourit dans sa nuit, à sa nuit ?
Elle ne dit jamais rien sur elle, sur sa vie. Sa vie d’avant, d’avant la mort .
Un jour, Sandra souhaite entrer dans la chambre blanche, embrasser ce corps blanc, peigner une dernière fois ces cheveux blancs. Elle souhaite entrer avec cette seringue qu’elle a préparé il y a quelques temps déjà. La dose est mortelle. Mais qui s’en souci ?
Elle pourrait l’aider, elle en est sûre. Elle pourrait mettre un terme à ces mécanismes. Mais le voudrait-elle ?
Quelle conscience de la vie lui reste-t-il ? quelle conscience, tout simplement, lui reste-t-il ?
A-t-elle mal ?
Aime-t-elle encore la vie, elle qui la quitte à son rythme, seule, doucement ?
Tu n’as plus de larmes pour tes yeux
Et ton âme est sur le feu
Qui brûle tout
Et moi je veux te sauver
Et ton âme est sur le feu
Qui brûle tout
Et moi je veux te sauver
Le voudrait-elle seulement ? peut on accueillir la mort pour ce qu’elle est, finalement : la seule amie qui nous reste ?
Sandra jette un œil sur la forme endormie…
Elle prie, elle prie pour que du fond de sa nuit, elle lui fasse un signe. Un signe pour lui dire qu’elle attend son aide ou un signe pour lui dire qu’elle n’en veut pas. Juste pour ne pas rester avec cette incertitude : ne pas savoir jusqu’où peut aller la douleur au fond de la nuit, alors qu’entre ses mains tremblantes elle tient la solution pour mettre un terme à cette douleur…
© isie
Commentaires
Par fragments le 15/03/2008 à 11h41
TOUJOURS DOUEE POUR LES HISTOIRES! M'ENNUIE JAMAIS A TE LIRE.
xxxxxx
Par mayasuperstar le 05/03/2008 à 00h31
Tu avais déjà écrit quelquechose sur ce thème si je me souviens (dingue trop fan de toi, j'me souviens de tout
)
ça finit bien, ça finit bien, vite dit qdm.
Tu nous livres cette semaine encore un texte éprouvant. ffff
zzz
quelque part par là, j...
Par isie le 04/03/2008 à 08h44
ca finit bien maya
Par Leslie le 04/03/2008 à 00h18
Ce texte est superbe, encore, l'impression de sans cesse me répéter...
J'aime beaucoup la manière dont tu utilises les mots pour les descriptions, elles en deviennent vivantes, morceaux de souvenirs.
Par @mandine le 03/03/2008 à 20h21
Je savais que c'etait toi bien avant de voir ta signature...
ça doit être tellemennt difficile d'être la bien vivant, de se sentir impuissant de vant cette vie qui s'en va et qu'on ne peut pas retenir...
pas hate d'aller faire le stage hospitalo-universaitaire.. .
Par mayasuperstar le 03/03/2008 à 20h11
... Dix lignes et j'ai déjà froid, j'ai du mal avec ces textes-ci... Si tu me certifies qu'à la fin ça finit bien, promis, je le lis.
zzz
...I need my baby love...
Par angelilly le 03/03/2008 à 18h36
ce doit être horrible de vivre ce genre de situation... tellement de doute et des questions sans réponses et sans espoir ...
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