La Tertulia

réponse défi 133

le 20/06/2008 à 13h41

- Il faudrait que je vous dise un truc tout de même. Pensez vous honnêtement que je sois capable de faire ça ? Non mais vous m’avez bien regardé ? Vous avez vu ma taille ? Mon poids ? Et moi je serais capable de transporter un homme de corpulence assez forte ? Je crois que vous vous moquez de moi là. 



-         Des témoins ont fait un portrait robot et c’est vous tout craché !

-         Donc pour vous j’ai le faciès idéal pour ça ?

-         Oui pas de doute, vous êtes le meurtrier

-         C’est fou ça ! Encore si,  il m’avait mangé, j’aurais compris, mais il parait que je suis imbouffable. Alors faudrait savoir, il n’est pas mort d’empoisonnement.

-         Oui mais vu tout ce que vous faites et vu la façon que vous avez d’être, rien ne nous étonne plus.  Je sais pas si vous vous rendez compte, mais un lapin qui parle, ça ne se voit pas tous les jours, alors bon,  qu’il soit en plus un assassin, ça n’aurait rien d’étonnant.

-         Je suis innocent !! je le jure devant une botte de carottes s’il le faut.

-         Ah parce qu’en plus il faudrait qu’on aille au marché en acheter ? Vous dépassez toute commune mesure.  On nage dans le surréalisme.

-         Bah tant qu’à faire, pourquoi pas ? Vous paraissez étonné qu’un lapin puisse parler, alors que pour moi ça n’a rien d’extraordinaire. Je fais ça depuis que je suis né en fait, et croyez le si vous le voulez, mais mes parents faisaient de même.

-         Vos parents étaient également des assassins ?

-         Mais qu’allez vous extrapoler là ? non la seule chose que mes parents auraient pu tuer, ce n’est qu’un chasseur. Il parait qu’il y a un truc qui se dit «  le lapin chasseur », alors peut être oui, qu’ils en auraient été capable oui.

-         Ce matin, un lapin a tué un chasseur, c’est écrit dans tous les journaux..

-         Et bien, si vous vous mettez à croire tout ce qui se dit dans les journaux, je ne suis pas sorti de la casserole moi. Il faudrait peut être que vous ayez votre libre arbitre, et que vous raisonniez par vous-même. L’intelligence n’était pas en option à votre naissance.

-         Mais c’est qu’on se laisserait donner des leçons par un lapin ! C’est tout de même fou, c’est le monde à l’envers !! Non seulement on se coltine l’interrogatoire d’un lapin sur le meurtre d’un homme qui a dû être chasseur dans sa jeunesse, et en plus, ce même lapin nous donne des leçons, voir nous insulte.

-         Moi je donne ce que je peux. Je suis près à vous offrir mes services pour un tas de choses. Je peux être fin limier, remplacer habilement le chien, qu’il soit de traineaux ou de police

-         De traineaux ? Vous ? Mais vous nous prenez vraiment pour des blaireaux.

-         Alors si vous étiez blaireaux, je vous comprendrais peut être un peu mieux, vous seriez plus près de mon espèce.

-         Mais avouez bon sang ! Qu’on en finisse ! C’est vous ! Avouez !

-         Mais avouez quoi ? que j’ai tué cet homme ? Bah écoutez, si cela vous fait plaisir oui, j’avoue, d’accord c’est moi. Il a voulu squatter mon terrier, et comme je ne suis pas trop prêteur dans ce domaine, je l’ai fait passer de vie à trépas. Ceci dit, vous pourriez me dire merci.

-         Merci ? Et pourquoi donc ?

-         Et bien je vous ai débarrassé d’un grand prédateur.

-         Ah bon ? C’était un tueur de flic ?

-         Ah ça j’en sais rien, mais un tueur de lapin oui ! En tout cas potentiel. Vous avez dit tout à l’heure, qu’il aurait pu être chasseur, donc qui dit chasseur, dit chasseur de lapin, donc grand prédateur de nous !!

-         Oui mais nous, nous ne sommes pas de lapins, nous n’avions rien à craindre de lui.

-         Ah parce qu’en plus vous êtes égoïstes ? Et bien merci, et je me fais interroger par des égoïstes de la pire espèce.

-         Mais vraiment, mais vraiment !! Ce n’est pas possible ça !! Que croyez vous que va dire le juge d’instruction, lorsque nous aurons bouclé notre enquête ?

-         Et bien à mon avis, il va dire que vous êtes complètement fous.

-         Et pourquoi donc, s’il vous plait ? hein ? pourquoi donc ?

-         Et bien, pour avoir arrêté un lapin d’abord, ensuite pour faire avaler à un juge d’instruction que c’est une pate de lapin qui a signée la déposition, va falloir lui faire boire beaucoup de votre alcool. Vous savez celui qui est dans le deuxième tiroir du bureau là bas.

-         Mais puisque c’est vous le coupable !!!!

-         Oui peut être, mais allez lui faire comprendre à ce pauvre juge. Un lapin coupable d’un meurtre odieux. Jamais il ne va le croire.

-         Max !! Qu’est ce que je fais avec ce maudit lapin ?

-         Bah fout le à la casserole qu’il arrête de nous narguer comme ça !

-         Ben moi je serais vous, je ferais attention tout de même

-         Ah bon ? Et pourquoi donc ?

-         Je vous ai dit tout à l’heure que j’étais inbouffable, alors c’est à vos risques et périls si, à votre tour, vous disparaissez de la surface de ce monde.

-         Mais qu’est ce qu’on va en faire !! Qu’est ce qu’on va en faire ? Bon dieu de bon dieu !! Max dit quelque chose !!

-         Mais que veux tu que je dise ? J’en sais pas plus que toi moi. Il a raison par certains côtés, on va nous prendre pour deux cinglés. Déferrer un lapin ! faut le faire non ?

-         Mais il nous faut un coupable tout de même !!

-         Oui je sais je sais Phil, mais que veux tu qu’on y fasse, il va falloir qu’on s’en trouve un autre. Parce que là, on l’a ramassé un peu à l’aveugle.

-         Surtout par hasard oui !!

-         Oh ta gueule toi !! parce que déjà qu’on arrive pas à se décider sur ce qu’on va faire de toi….



Drinnnngggg !!!! Drinnnnngggggggg !!!

- Lapin réveille toi, c’est l’heure…

- Hein  quoi ? c’est l’heure ? de quoi ? hein ?

- Et bien d’aller travailler. Tu ne vas pas laisser les voleurs de poule courir aujourd’hui



@Jean Fred  20.06.08

Lancement défi 133

le 14/06/2008 à 11h59
Hello tout le monde,

je viens de nouveau clôturer le défi et vous en proposer un autre (133).

Je vous propose cette fois d'écrire sur le thème suivant :

les animaux

A vos plumes !

.~*~.angelilly.~*~.

défi 132

le 08/06/2008 à 15h31
Une jeune femme frêle, descend d’un pas mal assuré la rue des heures perdues. Les traits tirés, les cheveux ternes attachés, les vêtements trop sombres, larges et traînants mentionnent à grands cris un état intérieur précaire, une souffrance cuisante tellement profonde et douloureuse que le cerveau, par instinct de survie, l’a reléguée au fond bien au fond avec toutes les sensations. La jeune femme est transparente, presque immatérielle, le résidu de pluie sur les pavées ne reflète rien, elle passe inaperçue au milieu des quelques piétons qui constellent la vieille rue. Les visages l’évitent, trop affairés, ils rient à leur portable, fondent leur regard dans l’être aimé, scrutent leur montre, serrent leur manteau à la gorge pour contrer le froid.

L’héroïne, semblable à certains êtres très malheureux, a une constance ironique qui l’aide à mettre un pied devant l’autre, une sorte d’idée fixe qui lui sert d’instinct de survie. Un petit quelque chose qui l’empêche de sombrer et la fait avancer, tout en avouant de manière grinçante qu’il ne faut pas espérer de rémission. Ce petit rien ténu, elle le serre entre ses poings. Voilà qu’encore grâce à lui, elle gravit la dernière rue avant d’emprunter le chemin qui propose de partir à l’assaut de l’oppidum. Ce n’est pourtant pas ce qu’elle choisit de faire aujourd’hui. Elle entre dans le parc et se laisse tomber sur le banc en bois, celui qui est stratégiquement installé entre la fontaine et la vue imprenable sur le village. Elle caresse sur le dossier, le cœur sculpté qu’elle connaît bien et en devine, causées par le temps qui passe, les moindres interstices. Autour d’elle, vivent trois enfants bouillonnants, endiablés et une maman sereine à moitié plongée dans un bouquin épais. Des rires cristallins qui réveilleraient un mort, une joie débordante et des regards bienveillants qui lui mordent le cœur, elle sait que même s’il est silencieux et affaibli, son palpitant n’est pas mort. Pas encore. Elle se recroqueville soudain pour s’empêcher de s’étioler davantage et embrasse solidement ses genoux, elle inspire un grand coup s’efforçant désespérément d’emmagasiner un peu de vie chez ses gens qui en ont tant.

La voilà désormais, sa condition terrible, être à la frontière de la vie et de la mort et traîner chaque jour sa misérable enveloppe. Son existence ruisselle entre ses doigts, la contraignant de partir en quête d’un plaisir fugace qui lui donnera un énième soupçon de vie. Elle redoute l’après depuis le début. Les bonheurs du quotidien sont une peau de chagrin qui rétrécit de jour en jour, elle se les énumère : plonger ses mains dans le sable et le laisser s’écouler entre ses doigts, laisser son cœur se réchauffer lovée dans les rochers, sentir les embruns caresser les narines assise sur la jetée, marcher les pieds nus dans les coquelicots très tôt le matin, faire un vœu puis souffler les aigrettes des boules d’akènes et les regarder s’envoler, sentir respirer les oliviers en les enlaçant très fort, se laisser bercer par des rires d’enfants…

Elle réalise qu’elle est au bout, la peur l’étreint tout à fait l’espace d’un instant. Le chagrin tant réfréné s’emploie soudain à la balayer. Une larme puis deux s’échappent et roulent le long de sa joue, elle sanglote déjà tout bas. Lorsque les pleurs deviennent plus abondants la mère et les enfants effrayés quittent le parc la laissant en proie à un flot terrible.

Seule sur un banc, les émotions qui la trahissent la traduisent lui rappelant que sous le vernis elle existe.

 

mayasuperstar

 

réponse défi 132

le 07/06/2008 à 14h46

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Si l’ombre se reflète au-delà des murs du temple

C’est que le soleil s’est posé sur ce corps

Dans la pénombre qui tombe, est ce qu’il tremble ?

Ou,  est ce qu’il se repose de tant d’efforts ?

 

Les douleurs antiques qui régissent les âmes meurtries

Finiront par avoir raison de la jeunesse qui s’évapore

C’est plus tard qu’elle s’en rendra compte,  amoindrie

Quand l’ombre aura gagnée sur le terrain de la mort

 

Aujourd’hui, elle rêve au-delà du désir des sens

À celui qui, doucement se posera à ses côtés

Effeuillant les pétales d’une fleur aux pétales de sang

Souriant à la vie qui continue son cheminement zélé

 

Qui la touchera d’une main preste et légère ?

Qui saura la faire frémir d’un geste  précis ?

Elle ne sera à lui que s’il sait être fier

De la prendre toute entière  sur le lit.

 

Après, bien après, elle s’éteindra doucement

Et l’ombre regagnera son corps dénué de force

Pour la couvrir de la légèreté de son voile blanc

Afin qu’elle s’endorme dans les ruines du temple

Défi par Isie

le 06/06/2008 à 16h12
Il est parti. Elle sent encore autour d’elle toute la chaleur de son corps, la force poivré de son odeur, la douceur de ses mains et de sa peau, mais il est parti.
Seule dans le lit, elle se prend à frissonner. A peine quelques minutes après le départ de son amant et la solitude pourrait l’écraser. Mas elle résiste. Entre le rêve et le réveil, entre le jour et la nuit, elle se rappelle…
 
Elle se rappelle son arrivée hier soir, après sa journée de travail épuisante. Son sourire triste, son regard impénétrable. Elle sait qu’il la veut, elle sait qu’elle le veut, mais ils jouent à s’ignorer. Attendre, toujours attendre…
Il est venu avec une bouteille de vin et une fleur, un grand lys blanc. Elle n’aime pas ces clichés, et l’impression qu’il doive justifier sa présence chez elle à chaque fois, à chaque nuit. Pourtant ils existent ensemble depuis longtemps.
Elle lui a servit son dîné, et l’a écouter raconter sa journée. Elle n’a que peu parlé de la sienne, parce qu’elle préfère l’entendre lui, l’écouter lui, le regarder lui. Elle n’a que peu d’importance à ses côtés, elle se fond dans sa présence.
Lorsque le café a été bu, elle s’est étendue vers lui pour attraper son briquet. Sa main s'est tendue de l’autre côté du canapé, et il l’a saisit. Il l’a saisit et ne l’a plus lâchée.
Il aura fallu attendre plus de deux heures pour que ce premier contact se fasse. Et pourtant il se fait tout le temps. Les occasions sont plus que présentes.




Le soleil joue avec ses cheveux en bataille, et elle s’étire comme une chatte dans les premiers rayons matinaux. Aujourd’hui, elle n’a rien à faire, juste à attendre, dans le lit, que l’odeur de son amant s’évapore et que le froid la submerge.
Encore un peu hébétée, elle plonge la tête dans son oreille, elle savoure l’odeur de son parfum qui se mélange à celle de sa sueur, celle de sa peau, celle de ses cheveux. Des heures, elle pourrait rester des heures à sentir son amant.

Le moment où leurs lèvres se sont touchées, elle savait qu’elle ne pourrait plus s’éloigner de lui. Chaque nouvelle nuit a un gout de première fois. Chaque nouvelle nuit est un commencement, étrange, hésitant, timide mais se donnant à corps perdu.
Elle redécouvre son corps, la force de ses épaules, la délicatesse de ses poignets. Elle joue à caresser sa nuque et ses cheveux, à plonger ses doigts dans son dos, à apprécier la résistance des muscles. Lorsqu’elle lui enlève doucement sa chemise, elle apprécie chaque centimètre de peau qui se dévoile. Elle sait qu’il est pareil, il ne se jette jamais sur elle, chaque fois il attend, il regarde, un sourire discret aux lèvres. Il caresse la peau qui se dévoile sans jamais vouloir brusquer celle qu’il déshabille.

Son lit, puisque c’est toujours chez elle qu’ils se retrouvent, accueille les amants sans un bruit. Le témoin de ces nuits d’amour passionnées, de ces discussions étouffées, de ces rires éclatants et de ces gémissements de plaisir.



Un sourire éclaire son visage soudainement, au souvenir de la nuit passée. Il n’est jamais vraiment parti puisqu’il ne la quitte jamais vraiment. Elle se rappelle les corps qui bougent, la chaleur dans la chambre, elle a des visions de mains qui s’emmêlent, de corps qui s’emmêlent, de deux êtres qui ne deviennent plus qu’un, du plus profond de leur âme et du plus profond de leurs corps.
Seule dans le lit où elle a tellement été deux, elle regarde le soleil commencer la journée sans lui. Et malgré la fatigue, malgré le froid, malgré l’absence de celui qu’elle aime, elle sourit. Parce qu’elle sait que ce soir, ou demain soir, il reviendra la voir, et à nouveau il l’aimera comme jamais il n’a aimé personne, et elle se donnera à lui comme jamais elle ne s’est donnée à personne.

© isie

Cloture et nouveau défi

le 02/06/2008 à 11h46
Je profite que personne ne soit encore passé pour clôturer le défi 131.

Le défi 132 aura pour thème cette image.

Bonne écriture à tous.

.~*~.angelilly.~*~.

Info

le 30/05/2008 à 11h05
Je voudrais rappeler qu'il y a des catégories pour les articles.
Certains oublient peut-être parfois de la spécifier.

- Réponse défi pour toutes réponses à un défi (ça porte bien son nom)
- informations pour le reste

Je viens de passer plus d'une heure à classer les articles.
La majorité date d'avant la création de ces rubriques, c'est pourquoi il y en a tellement.
Je vous demande juste de bien classer vos futurs articles pour ne pas m'en rajouter, et si le coeur vous en dit, vous pouvez aussi m'aider à ranger les autres (il y a plus de vingt pages).

Merci.

Réponse au défi 131

le 29/05/2008 à 12h11
Loin des réalités

Ton regard et le mien sont comme deux étrangers :
L'un pour l'autre inconnu, ils n'ont pu se croiser.
Ton essence et la mienne en une seule entité :
L'un dans l'autre, nos sangs étaient encore mêlés.

J'imaginais déjà l'avenir : toi et moi à jamais,
Toi et moi, mère et fils(le) dans un bonheur parfait.
Ton destin était écrit, pas celui dont je rêvais
Car le ciel, non mes bras, est venu te bercer.

Sans toi près de moi, je confonds le faux du vrai
Et chaque nuit, je m'évade dans un univers secret
Où toi et moi échangeons nos espoirs, nos regrets
Et tout ce qu'en ce monde, on ne se dira jamais.

.~*~.angelilly.~*~.

réponse défi 131 par Jfred

le 26/05/2008 à 17h36
Avec un peu de retard et avec toutes mes excuses....



Ca me fait drôle de te voir là. Faudrait peut être que tu te mettes à ma place non ? Voilà 23 ans exactement que tu t’es barré sans laisser d’adresse, il y a 14 ans j’apprends par l’ambassade, que tu es mort au fin fond du Mexique, et aujourd’hui t’es là, planté devant moi. Tu te doutes bien que de ton deuil, ça fait bien plus de 14 ans que je l’ai fait, même si quand j’étais enfant, j’espérais ton retour. Pas facile à 11 ans de partir à l’école le matin, et de rentrer le soir, et de ne plus trouver son papa. Papa ! Mon père ! Combien de fois on m’a demandé : - Alors que font vos parents ? Pour ma maman ce n’était pas difficile, je n’avais qu’à mentir, parce que leur dire qu’elle pleurait à longueur de journée, ce n’était pas un métier, quant à toi je disais la vérité – je sais pas m’sieur. Et sur les fiches scolaires, je tirais un trait en face de la profession du père. Comme j’ai tiré un trait sur ta vie.

Le Mexique ! Qu’est ce que t’es parti foutre là bas ? J’aurais bien aimé avoir un père révolutionnaire, même pas ! Rien de tout ça. Les services de l’ambassade m’ont dit, que les autorités mexicaines t’avaient retrouvé au fond d’un petit appartement minable.

Je te vois là, devant moi, assis avec ta bière à la main, l’air penaud. Tu parles d’un révolutionnaire ! Tu sais la douleur intense au creux de la poitrine que maman a pu ressentir durant toutes ces années ? Jusqu’à ce qu’elle se fasse une raison, qu’elle apprenne ta mort, enfin elle pouvait faire son deuil. Le deuil d’un mari disparu comme ça, par enchantement, évaporé dans la nature.

C’est con, j’aurais des tas de choses à te demander, des tonnes de questions à te poser. Quelle fut ta vie ? Quels sont les gens que tu as fréquentés ? Pourquoi un jour de novembre tu es parti ? Des questions, oui des questions auxquelles je suis en droit d’attendre des réponses. Je te regarde silencieusement, ton regard fuit. Serait ce la honte ? Le dégout de toi ? Pourquoi tu ne me regardes pas dans les yeux ? Pourquoi nous a-t-on annoncé ta mort ? Pourquoi es tu revenu ? Mais bon sang, pourquoi es tu vivant ? Si déjà tu répondais à ces questions, peut être est ce que je pourrais commencer à comprendre des choses. Pour maman, c’est trop tard. Le jour de sa mort, elle m’a dit avec un petit filet de voix, qu’elle partait te rejoindre. J’en rirais presque si ce n’était pas ridicule. Elle doit bien te chercher là haut !! Tu me diras, ça ne la changera pas beaucoup ! Elle n’a a fait que ça te chercher.

J’ai l’impression d’un long monologue, avec une ombre, une ombre qui est celle de mon père. C’est dingue ce qui peut me passer par la tête en ce moment. Assis en face de toi, te dévisageant, comme pour m’imprégner de toutes ces années où tu m’as privé de ta présence. Que crois-tu ? Que je n’avais pas besoin d’un père ? Que je me débrouillais seul avec mes devoirs, avec mes copains, avec les filles ? Tu crois que je n’avais pas besoin de toi quand il a fallu que je m’occupe de maman dans ces dernières années ? Non tu étais on ne sait où, laisser pour mort à nos yeux, et pourtant bien vivant ! Comment veux tu que je réagisse maintenant ? Et qu’est ce que tu es venu foutre dans ma vie maintenant ? Mais parle bon sang, parle ! Ne me laisse pas une nouvelle fois dans l’expectative, dans l’ignorance, dans l’abysse que tu as creusé pour que l’on s’y noie.

Face à face, le père le fils, deux inconnus qui sont liés par des liens indéfectibles pourtant, et rien ne s’échappe, pas un bruit, pas un mot, juste le regard d’un homme qui a fuit, et celui d’un qui découvre qu’il a encore un père, toujours, toujours en vie..

 

@Jean Frédéric 24.05.08

 


DEFI 131

le 25/05/2008 à 14h09

Je ne suis jamais là où il faut, au moment où il faut. Ce n’est pas un regret juste ce qui se dit de moi, depuis le 18 mai c’est devenu ce qui me définit. Un événement fâcheux a authentifié mon étiquette à 21h13 précises : ce jour-là, je suis mort. Non pas de frayeur ou de rire comme certain pourrait l’entendre, juste mort.
« Il a eu une belle vie, a dit Duval, oui une belle vie » a renchéri Gauthier. Au crématorium, c’est par des collègues de boulot, des cons que l’on a résumé ma vie. Quelques mots anodins pour simplifier ce qu’a été mon existence. Je crois que je méritais mieux. Je n’aime pas les omissions lexicales, j’ai 32 ans et ma fin, je ne la souhaitais pas si tôt. Sauf qu’aujourd’hui, je suis là, dans la ouate, la chaleur et la pénombre et que je suis mort.
La petite sauterie après cuisson a été très émouvante, si j’avais été vivant, je crois que j’aurai versé ma larme. Les amis étaient là, pour la plupart, je ne les avais pas revus depuis 15 ans. Duval, Gauthier, Sanchez de l’informatique et Hébert des ressources humaines et les autres blaguaient l’œil sec. Eve, ma femme toute de noir vêtue, très chic - ceci dit, on ne peut lui enlever cette qualité, elle a toujours eu un goût remarquable - et le teint frais faisait circuler la pizza; Liliane, ma maîtresse, égale à elle-même, la mine déconfite et le rimmel coulant dodelinait de la tête, sa main posée sur le coeur. Elle partageait une coupe avec mon père, aussi raide et taciturne qu’à l’accoutumée. Quelques voisins - vraisemblablement parce qu’ils avaient vu de la lumière - se tenaient au fond de la salle, ils se plaisaient à raconter des anecdotes dont je n’étais même pas le héros. Xavier, mon frère que je cherchais avec instance brillait par son absence, j’aurais quand même aimé qu’il raccourcisse ses vacances à Bali : ce n’est pas tous les jours que l’on me rend les derniers honneurs. Je contemplais, assis sur le rebord de la cheminée, tout ce beau monde, stupéfait par le cœur sec des uns et celui trop imbibé des autres. Décidemment, tous étaient des égoïstes centrés sur eux alors que c’était quand même moi qui étais mort.
Je suis le numéro 1 de l’écuelle en plastique à trous chauffants. Enfin non, en fait, c’est mon père, mais à force de courage, de persévérance et de finesse, je l’ai convaincu de m’en donner la direction, il y a quelques mois. Il m’a loué sa chaire me mettant au défi. Mon père est ainsi, je n’ai pas sa confiance, je dois la gagner même si je sais que je continue à ses yeux d’être un bon à rien. Toutefois, je suis fier, j’ai bien failli gagner, j’aurai pu révolutionner le monde des écuelles en plastique, si j’avais pu aller au bout de mon mandat. Depuis le vieux a repris les rênes, bien content de m’avoir évincé finalement. J’ai toujours couru après la reconnaissance de mon père, mais aujourd’hui je n’ai rien à lui dire. Je sais juste qu’il est sec et que je ne l’aime pas. Mais, plus rien n’a d’importance depuis que je suis mort.
Ma femme Eve, est belle, intelligente et nous entretenons avec classe un couple social. L’amour a fait place aux ressentiments, aux reproches, très tôt, la seule chose aujourd’hui qu’elle tolère chez moi, c’est la profondeur de mon compte en banque. Je me demande souvent pourquoi je l’ai épousée, je crois que c’est parce qu’elle est une vitrine extraordinaire. Aux yeux des autres, nous sommes parfaits. Mais, elle n’a jamais voulu d’enfant, parce que je ne le lui ai jamais demandé, m’a-t-elle déclaré une fois. Elle ne m’a jamais aimé sans doute pour les mêmes raisons, lui avais-je répliqué. Eve est comme ça, il faut lui demander les choses et elle doit consentir. Tout de suite, je brûle d’envie qu’elle me voit, non pas pour tenter de me racheter et d’éclaircir certains points obscurs de notre mariage, vivant je n’avais rien à lui dire, il ne faut pas croire que la mort résout tout. Mais, si elle me voyait, elle aurait la frousse, je la connais bien. Je m’imagine bien apparaître les yeux révulsés et planant au milieu de la salle à manger, puis entreprendre de la suivre partout sans dire un mot pendant des heures. Oui, elle serait terrifiée, je dois dire que mon plaisir serait infini. Mais je sais que je n’éprouve plus de plaisir depuis que je suis mort.
Ma secrétaire m’est dévouée. J’ai eu une aventure avec elle, il y a de cela deux ans. Je ne touchais plus Eve depuis des mois et Liliane était là. Oh, elle n’est pas franchement belle, mais elle était disponible. Cela m’a suffi, un temps, puis nous avons rompu et aujourd’hui, nous ne couchons ensemble qu’occasionnellement. Tous les vendredis soirs en fait, parce que mon emploi du temps est serré depuis que je suis à la tête de l’entreprise. J’aurais pu avoir envie de me manifester et lui parler, mais à bien y réfléchir, je ne suis pas essentiel dans sa vie. En ce vendredi 23, je la vois heureuse dans les bras de mon père parce que je n’étais qu’une parenthèse pratique. Je suis interchangeable depuis que je suis mort.
La mort c’est merdique, voilà quels auraient été mes mots, il y a quelques jours. On vous arrache à ceux qui vous aiment, la plupart du temps sans demander votre avis et vous vous retrouvez ici. L’endroit est indéfinissable, les sensations y ont disparu, les sentiments s’amoindrissent, l’inanité vous définit. Les couleurs s’estompent, la moiteur, la passion, les odeurs, tout ce qui m’était essentiel s’est évanoui. Je crois qu’ici c’est un repère de dépressifs où le rien et le vide font la loi. C’est triste d’être mort.
Les vivants entretiennent la mémoire, donc un semblant d’existence mais quand ils ne pensent pas que deviennent les défunts ? Ma femme ne gardera de moi que mon compte en banque jusqu’à ce qu’elle le dilapide et trouve un nouveau pigeon, mon père qui n’a jamais eu de fils de 32 ans, prend ma place et console ma secrétaire, mes collègues et mes amis m’ont déjà évacué pour reprendre leur quotidien. Les souvenirs des vivants réchauffent les morts, l’indifférence les tue. Et pourtant je suis déjà mort…
Et pas de la plus belle façon en plus ! Mercredi, j’observais le soleil couchant à la fenêtre de mon bureau. J’étais monté sur mon siège pour me donner cette douce sensation de liberté et je me disais la poitrine à l’extérieur : « Tu vois Antoine, si tu le voulais, tu pourrais sauter, c’est toi qui mène la barque, c’est toi qui comm… » Et quelqu’un m’a poussé, rompant ma réflexion. L’instant précédant ma mort fut infini, la rage et la douleur se sont emparées de moi, puis tout s’est suspendu et je suis mort.
Sanchez ? Eva ? Papa ? Qu’importe. Mais même mon lâche assassin ne me donne pas d’existence ! Je ne sens ni ses remords, ni son repentir. Les gens n’ont-ils donc aucun sentiment ? Dis, toi, tu ne me connais pas, mais j’ai l’espoir, que le souvenir de cette conversation fera naître autre chose que de l’impassibilité. Ce n’est pas commun de discuter avec un mort.

Fred se réveille, le souffle coupé et balaye sa chambre du regard. Tout semblait si réel. Il se lève précipitamment et court récupérer sur la pile de la table basse le journal de mercredi. Il tourne les pages fébrilement puis lis à voix basse les lignes suivantes : La communauté des écuelles en caoutchouc est en deuil, Antoine Debray, le PDG des entreprises ‘Debray et plastique’ a trébuché de son fauteuil. Il a fait une chute de sept étages et il est mort sur le coup.


mayasuperstar

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