La Tertulia

DEFI 131

le 18/05/2008 à 14h50
Toutes ces choses qu'on ne s'est pas dites, titre du dernier livre de Marc Levy, parle d'un père décédé et qui renoue avec sa fille d'une façon surnaturelle...

Je vous propose d'écrire sur ce titre du livre en imaginant qu'une personne que l'on a aimé mais décédé, revienne un soir pour que l'on puisse se dire toutes ces choses, des questions, des "je t'aime", des désamours, des trahisons, choses que l'on a pas voulu dire par peur, par pudeur, par colère...

Défi 131

le 14/05/2008 à 12h00
Un volontaire pour lancer le défi 131 ?!

Réponse au défi 130

le 02/05/2008 à 13h36
Spectre de vie


"Papa revient, ma petite chérie.
Papa revient avant la nuit."


    Les papillons n'ont pas peur, il n'ont jamais peur, ils aiment ma compagnie et s'amusent à virevolter autour de moi, à se poser ça et là sans jamais me toucher pourtant. Je me sens si légère en leur présence. Quand les nuages s'ouvrent et m'offrent un ciel bleu et lumineux, je sens l'attrait m'envahir et donner naissance à un puissant désir : celui de voler, d'aller là-haut et de caresser les nuages. Alors, je ferme les yeux et me concentre sur le souffle du vent, qui fait danser ma chemise de nuit, et sur le parfum des tournesols porté jusqu'à moi. Je m'y accroche et ne rouvre les yeux que pour les observer ondoyer sous la brise, à leur image je m'enracine et m'accroche à la corde de la balançoire qui me berce doucement.


"Papa oublie sa petite chérie.
Papa oublie qu'il a promis."


    Mais bientôt, le voile des nuages s'épaissit, le ciel s'assombrit, les papillons s'éloignent et je suis seule. Il sera bientôt de retour, le jour commence à céder sa place, il sera bientôt là. Toujours le même espoir, les mêmes souffrances et je suis prisonnière de mes dernières heures, prisonnière d'un cercle sans fin, jamais mon âme ne trouve la paix, jamais son visage ne réapparait. Mes forces s'épuisent, je lâche prise, perd l'équilibre et m'effondre au milieu des tournesols pour la énième fois. Mes yeux se ferment, il n'est pas là, la vie me quitte. Vingt ans après, il est là à caresser la balançoire, les larmes perlent ses joues tandis que je trouve enfin la paix. Je suis libérée, mon esprit peut désormais rejoindre les cieux, j'en ai terminé de hanter ce lieu, de revivre ma mort, j'en ai terminé d'être un fantôme. Apaisée, délivrée, je suis la lumière.


"Papa, s'envole ta petite chérie.
Papa, je m'envole au paradis."



.~*~.angelilly.~*~.

défi 130

le 30/04/2008 à 10h15

L’oncle Régis vient de mourir. Un phénomène de mode en ce moment. Une saloperie de cancer lui a rongé un à un tous ses organes puis s’est s’attaquée à son cœur. Une ironie que de finir par la pompe, tout était déjà éteint, le seul qui se permettait des soubresauts, c’était le bon vieux palpitant. Si gigoter signifiait s’en sortir, cela se saurait. Voyez ce que l’on réserve au poisson frétillant : la mort c’est sûr… le coup de pelle dans le pire des cas. Cent cinquante mille emportés en 2007 par une tumeur et ses sbires, tu meurs, le mot lui-même se moque. Cette année, c’est cent quarante-neuf mille neuf cent quatre-vingt dix-neuf et mon oncle Régis, le voilà qui habite les statistiques, sûrement une contrée lointaine, parce que j’ai froid.
La villa des flots bleus va tomber entre les mains des vieilles corneilles, voilà pourquoi je suis ici aujourd’hui, je vis ma dernière visite, mon ultime rendez-vous secret avec la pierre et les souvenirs. La honte étreint mon cœur, ma dernière escapade en ces lieux, je l’ai oubliée. Un jour, sans crier gare, j’ai mis de côté tout, les gens, les endroits, en fait tout ce qui osait me faire du bien. Son nom déjà, ne trouvait plus grâce à mes yeux et la vieille bâtisse symbolisait juste une jeunesse que je brûlais d’étouffer. Prénommer sa maison, je trouvais ça con, les flots bleus figurait désormais en bonne place derrière les Marilou, Marine, Vignes folles, et autres Lei Cigalou. Je considérais que la pierre était inerte et froide, elle n’avait pas d’âme. Tenter de lui en donner une, c’était ridicule. Et puis, il n’y avait pas la mer aux flots bleus, juste une vieille fontaine envahie par la mousse et habitée par quelques poissons rouges résistants et par une truite gigantesque s’écaillant en son sommet.
Aujourd’hui, je me souviens y avoir joué des heures et des heures, munie de mon inséparable arrosoir rose, celui avec la grosse marguerite sur son flanc ; à la première occasion je le négligeais au profit du vert de l’oncle Régis. Il était trop lourd, trop gros, presque plus grand que moi, mais je le remplissais avec le petit et je l’attendais avec impatience. Il venait toujours, nourri de bonnes intentions, congratulant mes efforts. Alors je portais l’arrosoir, c’était un peu magique, en direction du massif de marguerites. Longtemps, j’ai cru que mon oncle et la brouette vivait mon exploit en simple spectateur. Le rituel enterré, je tends toutefois un peu l’oreille, espérant en vain dans le jet de l’eau percevoir l’écho de mes rires d’enfant. Rien. Juste l’amère constatation que le cancer ici aussi a fait ses œuvres : il a bouffé le jardin et a fait crever les poissons rouges. Le vieil arrosoir n’est plus et la brouette rouille au pied de l’amandier. A la voir ainsi décrépite, et cabossée, je lui donnerai plus de 30 ans. Oui, mon âge finalement, c’est à peu près ça. A voir ainsi cette désolation, la culpabilité monte encore et le spasme logé dans mon estomac s’en donne à cœur joie. Cette douleur, est-ce mon cœur qui rouille lui aussi ?
Assise sur le rebord de la fontaine, je vois à quelques mètres la vieille bâtisse dont la peinture défraîchit et les murs se lézardent. Devant, la table en teck a disparu, les feuilles mortes ont envahi la terrasse de pierres blanches. Je ne reconnais même plus le petit sentier du père Colino. Si j’osais, je ferai le tour de la maison en courant à m’en faire éclater le coeur, j’escaladerai le muret peut être que je le sauterai maintenant puisque j’ai tellement grandi, mais si le poulailler a disparu et que je ne vois plus le paon, je crois que j’aurai encore plus mal. Je renonce. Je n’ose même pas plaquer mes mains sur les murs de la maison, je crains de ne pouvoir l’entendre respirer. Les pierres sont en effet, froides et inertes aujourd’hui plus qu’avant.
C’est alors que la balançoire m’ouvre les bras avec réconfort. Toujours à sa place au centre du bac à sable, je constate qu’elle a un peu changé de couleur mais semble en état de marche. Pourvu que le bois ne cède pas. Suis-je toujours habile ? Mes mains caressent les maillons froids, je m’assois, tout va bien. J’ai toujours regretté de ne pouvoir toucher les nuages avec mes pieds peut-être qu’aujourd’hui… Je m’élance, chic, elle couine encore ; alors que le vent s’engouffre dans mes cheveux, mes genoux fléchissent, c’est plus commode, je prends de l’altitude et commence à avoir mal au cœur. J’avais oublié que ce qui m’en empêchait d’épouser le ciel c’était encore ce cœur. Tant pis, pas cette fois. J’incline ma nuque en arrière inspire profondément et lutte contre la nausée, mes narines frissonnent, c’est bon signe. Finalement, je ne suis pas si mal ainsi, si je plisse les yeux et que j’y crois très fort, j’entendrai le vieil oncle Régis rouspéter. Il me grondera pour ne pas avoir mis mon chapeau de soleil, mais devant ma mine désolée, il me sourira en disant que la citronnade et les chamonix m’attendent sur la table en teck. Alors, j’abandonnerai la balançoire avec joie, je lui sauterai au cou avant de foncer dans les marguerites pour en cueillir deux ou trois. Au cœur du massif, je lui crierai de me raconter encore une fois, oui juste une fois, une histoire de héros, sûrement celle où Siegfried tue le dragon et s’enduit de son sang pour être invincible, ma préférée. Il s’exécutera, les yeux brillants et je le questionnerai la bouche pleine. Allez je compte jusqu’à trois. Un…. Deux…. Trois.

mayasuperstar

Défi par isie

le 28/04/2008 à 10h45
Je profite que le défi ne soit pas posté pour mettre en ligne le texte écrit avant de partir...



Comme une ritournelle…
La lumière pâle de la lampe de chevet, le livre entr’ouvert, la couverture cornée.
Ce n’est pas exactement un livre, c’est son livre, celui qu’elle lit et relit, celui qu’elle écrit, c’est sa vie.
Ses doigts se décrispent sur la couverture, le sommeil a eu raison de la lecture, de la relecture.
Indiscret, je jette un œil. Ce sont ses lettres à l’univers, ses lettres aux gens qu’elle aime, ses lettres. Aux gens qu’elle ne connaît pas. Voxpronoia, Univers, si tu l’entends, pourquoi ne réponds tu pas ?
Je tombe sur la lettre de la veille, sans savoir à qui elle était destinée. Je la sais, elle se perd et se noie dans ses propres mots. Ou devrais-je dire maux ?

« A toi, l’univers, toi qui ne me réponds jamais.
Voilà un an qu’il est parti, mon homme. Un an. Ne crois tu pas qu’il serait temps que tu me le rendes ? qu’il serait bien mieux à la maison, avec moi dans ses bras ?
Les plats cuisinés pour un, l’assiette, le verre, la fourchette et le couteau à laver tous les soirs. La couette repliée sur un seul côté du lit pour me tenir plus chaud, puisque depuis un an ses bras ne chassent plus le froid.

Tu dois sourire lorsque tu me vois, assise sur ce banc en haut de la colline. Voilà 12 mois, chaque soir, je m’en vais regarder la route jusqu’à ce que la nuit tombe et que mes yeux ne voient plus. Mon cœur seul l’imagine sur cette route, courbé sous le poids de son sac de voyage, avançant à tâtons dans ce pays qu’il connaissait si bien mais dont il est parti il y a si longtemps.
Mais mon cœur ne voit que ce qu’il veut voir. Je sais la route vide et froide, les pierres silencieuses. Je le sais, puisque tu ne veux pas me le rendre.

Les feuilles peu à peu recouvrent le chemin de terre. Celui qui vient de la route principale à la maison. A notre maison. A ma maison.
Ce moment que je partage avec toi, du haut de ma colline, du haut de mon banc, tout au sommet de ma solitude, je ne le partage avec personne : qu’on ne me parle pas de lui, voici ce que mon visage impassible impose aux autres. Qu’on ne me parle pas de lui.
Mes bras ne comprennent pas son absence, la maison ne comprend pas son silence. J’ai fermé les volets et ne les ai pas rouvert, je l’attends, rendez le moi. Je n’ai plus le bruit de sa voix, seulement la solitude qui me rappelle qu’il n’est pas là.
Ramène le moi. Tu me le dois, tu me dois bien ça.
L’automne est la pire saison lorsqu’on est seule : la saison de la mort, d’avant la mort, de juste avant la mort, et je ne peux pas la traverser sans lui.
Voilà un an qu’il est parti, mon homme. Un an. Ne crois tu pas qu’il serait temps que tu me le rendes ? qu’il serait bien mieux à la maison, avec moi dans ses bras ?

Du haut de mon banc, je l’attends, j’attends un signe de toi. Parce que tu me le dirais, n’est-ce pas, s’il ne revenait pas ? tu ne me laisserais pas attendre, n’est-ce pas ? tu ne peux pas être si cruel. Je n’y crois pas.
J’ai juste besoin d’un signe, de l’apercevoir emprunter ce chemin, et marcher jusqu’à ce chez nous qui est devenu chez moi.

Et ces autres qui ne comprennent pas, ces autres qui me disent que je dois l’oublier, que je dois… oublier. A quoi bon vivre si c’est pour l’oublier, mon homme ? Ils me disent que tu m’as laissée tomber, qu’il ne reviendra pas, que ce n’est qu’un mauvais moment à passer, mais je sais, moi, je sais qu’il reviendra.
Ils me racontent n’importe quoi, et je leur réponds, et je souris. Ils ne savent pas que tous les soirs, je le guette. Et je l’attends.
Pourquoi me l’as-tu enlevé ? pourquoi ?

Et plus je dors, plus je suis fatiguée, à rêver de lui… S’il te plait, rend le moi… c’est l’heure de se réveiller, lui à mes côtés… »

Je repose doucement le livre entre ses doigts, je remonte la couette sur son épaule. Doucement, j’écoute sa respiration, Je remarque la larme séchée et les sanglots au coin des yeux.
Ma présence est soudainement indécente, et sur la pointe des pieds, je me retire, la laissant à ses songes…
© isie

réponse défi 130 par Jfred

le 11/04/2008 à 10h12
Avec toutes mes excuses pour publier un vendredi, mais je pars en week end là, maintenant, et je ne pourrais répondre dans les délais impartis. En plus, je n'ai pas eu le temps de faire un "truc" original, alors j'ai repris les paroles de cette vieille chanson française, qui, ma foi, va très bien au magnifique dessin proposé.
Enfin, c'est ce que j'en pense.. ^^


Un' demoisell' sur un' balançoire
Se balançait à la fête un dimanche
Elle était belle et l'on pouvait voir
Ses jambes blanches sous son jupon noir...

Le marchand lui criait : "Voulez-vous vous asseoir ?
Descendez, descendez, c'est assez pour ce soir,
Si vous restez debout
Vous allez vous casser le cou !"
Mais la demoisell' sur la balançoire
Riait, riait et montait de plus belle
Elle était belle et l'on pouvait croir'
Qu'ell' s'envolait pour toujours dans le ciel
Mais c'était défendu
Elle est redescendue
Quand elle est descendue
Moi j'étais tout ému

Je lui ai dit : "Mad'moiselle
J'ai cru que vous aviez des ailes !"
On est allés au tir,
Aux ch'vaux d'bois, aux nougats
Au cirque, à la femm' tronc
Mais ça n'l'amusait pas...
Ell' m'a dit : "Je vous remercie
Je préfèr' retourner là-bas..."
Et voilà qu'ell' m'a laissé
Pour aller s'balancer

Un' demoisell' sur un' balançoire
Se balançait à la fête un dimanche
Elle était belle et l'on pouvait voir
Ses jambes blanches sous son jupon noir...

Quand elle est descendue,
Toujours aussi ému
Je lui ai proposé : "Voulez-vous m'épouser ?"
A la mairie du douzième
J'ai dit oui, elle de mêm'
Je l'ai prise par le nez
Par le cou, par le bras
J'l'avais tout contre moi
Mais ça n'l'amusait pas
Ell' m'a dit : "J'vous remercie
Je préfèr' retourner là-bas..."
Et voilà qu'ell' m'a laissé
Pour aller s'balancer ! ...
Le temps est venu de clôturer ce défi.

Je vous propose à présent d'écrire à partir de cette image.

A vos plumes !

.~*~.angelilly.~*~.

Défi 129

le 23/03/2008 à 13h56



Ce soir-là, l'atmosphère à l'intérieur de sa chambre était étouffante, le sommeil ne voulant pas venir, elle a cédé à la tentation de se mettre un peu au frais.
Elle installa une chaise longue sur le balcon et, distraite, plus intéressée par les lumières de la ville qui se profilaient à l'horizon que par ce qui se passait dans la rue ou sur le balcon des voisins, elle sentit son corps se relâcher doucement, bercé par la brise nocturne qui a fini par se lever
.

Un fenestron,
fait de quatre petits carreaux,
ouvert sur l'infini du rêve et de la vie
découpe sur l'horizon un carré de bleu,
où ciel et mer se confondent.
Rien ...
le silence...
la solitude..
la musique du ressac me berce doucement…


Elle a failli somnoler quand, un air de musique venu de très prés, lui a fait tendre l'oreille, il revenait de loin, cet air,
du fond de sa mémoire.
Elle a relevé la tête, il était là à l'observer, du balcon voisin, accoudé au muret qui les séparaient, elle se demanda depuis quand il était là.
Son visage bien qu'inconnu lui semblait familier, était-ce l'effet du sommeil ou l'avait-elle croisé dans l'escalier de
l'immeuble sans s'en rendre compte?

Bleu.
Infiniment bleu.
Bleu comme le rêve.
Bleu comme partir
Voyage immobile.
Libre.
Un carré de ciel bleu
Pour essuyer les larmes.
Un carré de ciel bleu
Pour dilater le coeur.
Un carré de ciel bleu...

Gênée par le regard indiscret, elle s'est relevée de sa chaise, ne voulant pas rester là à être observée. En esquissant un pas vers l'intérieur, elle entendit une voix l'appeler par son prénom, une voix agréable, chaude, pénétrante.
Elle s'est retournée vers l'homme, plus surprise par la voix que par le fait qu'il l'appelle ainsi sans la connaître.
Eclairés par le réverbère de la rue, leurs regards se sont croisés.
Bouleversée par son regard, elle ne put s'en détacher malgré sa gène, c'était comme s'il retenait en lui quelque chose d'elle.
Elle prolongea quelques secondes cette sensation si douce et si violente à la fois mais finit par baisser les yeux, sa timidité première reprenant le dessus, pour fixer son attention sur un objet au sol qu'elle ne voyait pas.
Elle balbutia un vague "bonne nuit" et s'engouffra dans l'embrasure de la porte-fenêtre de sa chambre.

je m'envole dans mes rêves,
une brise douce m'enveloppe
comme une caresse d'azur. .
Un carré de ciel bleu
et la mer en dessous



Elle était troublée mais ne voulait pas se l'avouer, elle ne voulait plus d'un homme dans sa vie, c'était du moins son désir surtout en ce moment où elle se sentait vulnérable, elle tenait à cette légèreté de coeur, à cette insouciance, difficilement acquises après tant de souffrance, de don de soi inutile, tant de nuits d'insomnie et d'attente vaine.
Tout d'un coup, elle regretta d'être sortie sur le balcon.
Ses pensées à présent, n'étaient plus aussi claires qu'en début de soirée, la voix lui revint, le regard, le trouble et puis cet air de musique qu'elle a oublié sous l'effet de la surprise et que la brise lui portait encore jusqu'à sa chambre.
Elle voulait le fredonner mais quelque chose l'en empêchait, l’émotion peut-être de le retrouver en même temps qu'elle découvrait cet homme.

Et puis il y a cette musique

Le ressac de la mer

Les vagues viennent caresser le sable blanc

Déversant son écume blanchâtre

Trace de pas, il est peut-être revenu

Mais qui ? Cet homme aperçu, entre perçu un soir d’été ?…

Quel importance ?...

Elle s’endort…

Elle est bien…

 

Histoire sans histoire, histoire de rien, histoire sans chute…

Juste une rechute un soir d’été…

Histoire clichée écrite et inscrite en sa mémoire…

Histoire incompréhensible…

Histoire qui ne se raconte pas…

Tu es juste née de cette histoire

Un soir d’été, une nuit d’amour

Et puis trois petits points… il est parti…

Dort ma sirène, ton père était un être éphémère

Disparu au matin, il a juste laissé des traces de pas mouillés sur le sol… Il reste juste cette musique…

                                              Syrielle

 

réponse défi 129 par Emerald

le 23/03/2008 à 10h51



Je suis douce ou salé, ou même amère

Je puis être d’une colère froide

Ou bien d’une calme mélancolie

Le bleu m’habille aussi bien

Que le rouge lorsqu’Il me regarde une dernière fois

Je me revêts la nuit d’un manteau sombre

Mais déteste le votre

Suivant mon amie éternelle

Je m’en vais, jamais trop loin car

La vague à l’âme

Je reviens rouler doucement à vos pieds

Je tente parfois de partir

En m’écrasant contre des rochers acerbes

Pourtant je reste sur terre

Je la recouvre même, aimante

En mon ventre sommeille la vie, la mort

Et malgré tout, je reste seule

Alors je vous observe

De loin

Et lorsque je vois un de vos enfants

Aller, comme moi au grès de mon ami changeant

Sans savoir vraiment ou ses pas l’emporteront

Et quand il s’assoit dans le sable

Que j’affine depuis si longtemps

Et verse une larme

Qui rejoindra toutes celles que je suis

Alors seulement, je me quitte, forme liquide

Et laisse mon âme océane partir

Et venir enrouler tout autour

De son corps solitaire

Des bras aimants

Qui le porteront un peu plus loin

Et comme tous, il m’oubliera

Plus tard

Ne resteront que quelques traces

Dans le sable

défi 129

le 22/03/2008 à 14h47

To see a world in a grain of sand
And a heaven in a wild flower
Hold infinity in the palm of your hand
And eternity in an hour.

William BLAKE - Auguries of Innocence



Sam posa sa main sur son front, plissa légèrement les yeux et fixa un point imaginaire. Là, seule en cet après-midi de printemps, assise à même le sable, emprisonnant ses genoux dans ses bras, elle scrutait la mer avec insistance. Elle éprouvait sa patience mais restait immobile. Le vent, lui qui n’a pas de maître, s’enroulait autour d’elle, il caressait légèrement ses cheveux et se plaisait à les soulever à peine, comme s’il voulait les soupeser. Un frisson mêlé de froid et de plaisir la parcourut, elle passa sa langue sur ses lèvres pour en humecter le sel. Elle ferma les yeux et bascula la tête en arrière en inspirant une longue bouffée d’oxygène. Elle les attendait. Ils allaient arriver, menant avec eux le barda habituel, les grands plaids écossais, les bières fraîches, les chips grasses du boucher, les sandwichs au poulet, la mayonnaise maison de Claire, la guitare cabossée d’Alexandre et la bonne humeur de chacun. Elle les aimait tellement… Elle goûtait avec délice ses dernières minutes de solitude. Sa main droite, longue et fuselée, se détachant de ses genoux, s’appliqua sur le sol. La paume étirée, les doigts à plat, elle embrassait le sable tout à fait cherchant à écouter la terre respirer. Apaisée, rassurée, elle empoigna tous les grains possibles pour les laisser s’échapper en pluie et se répandre sur ses pieds. Arrivèrent alors de manière saccadée tous les autres, les amis de toujours. Les embrassades et autres accolades se succédaient avec animation, les discussions s’entamaient les rires foisonnant. Ils se voyaient trop peu, il fallait rattraper le temps perdu. Tous venant d’horizons divers, certains malmenés par la vie, d’autres plus choyés échangeaient, se souvenaient, partageaient. Le sourire fiché sur les lèvres de Sam menaçait de ne plus la quitter, elle était bien avec eux, elle était elle, elle était vraie. Ils étaient devenus comme une seconde famille, plus bruyante, plus exubérante certes, mais surtout plus aimante et plus respectueuse, si bien que leur approbation était devenue essentielle : c’était puéril, mais c’était ainsi.
Sam pensait à la théorie du grain de sable, celle qui s’inspire des vers de William Blake. Soudain, son estomac se noua, Marc fit son apparition. Il esquissa un bref salut de la tête vers les autres et s’avança vers elle. Il se pencha, lui caressa la joue droite, puis sa main vint se lover là où il devina qu’elle aimait et réchauffa à la fois le cou, la joue et les oreilles. Le feu lui monta aux joues, elle rosissait. Il profita de cette tacite invitation pour lui voler un baiser chaste mais plein de promesses à la commissure des lèvres, puis il sourit, le regard étoilé. Paradoxe de ces gestes rapides presque volés qui durent une trop courte éternité.
Tout le monde s’était tu. Aucun détail de la scène ne leur avait échappé pas même le regard caressant qu’il offrait maintenant à Sam. La jeune femme avait décidé d’aller bien, de s’affranchir pour vivre enfin, d’ouvrir ses poumons et gagner trente pour cent de capacité respiratoire. Elle savait que Marc n’était pas le meilleur choix, mais c’était le sien. Son cœur en suspend attendait toutefois l’approbation, un regard, un sourire, un geste qui tardait à venir. Claire rompit le silence et embrassa l’intrus avec sonorité. L’atmosphère se détendit et les discussions reprirent bon train. Les yeux de chacun brûlaient, pourtant aucun ne s’autorisait à regarder aux côtés d’Alexandre, Léa. Elle sentait le surin taillader son cœur et venir s’insinuer dans ses veines le poison de la jalousie. Aujourd’hui, elle avait trouvé sa propre théorie du grain de sable : désormais, un seul suffirait à enrayer la machine.

mayasuperstar

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