La Tertulia

Défi 128 lancé

le 24/02/2008 à 18h56

Voilà, je ferme le défi 127 et vous propose pour le suivant ceci :


'Tu n’as plus de larmes pour tes yeux


Et ton âme est sur le feu


Qui brûle tout


Et moi je veux te sauver'



 



Emily Loizeau



A ce week-end, excellente semaine à toutes et tous.



*mayasuperstar*


 

127

le 21/02/2008 à 00h17

Mon cher Pierre,

 

Voilà des mots que sans doute tu n’entendras pas, le courage me fait défaut ; quand il s’agit de toi, je perds le sens commun, j’agis de manière excessive ou je n’agis pas. Aujourd’hui, vient l’heure du bilan, je déplore que ce soit si tôt…. ou aussi tard. J’espérais que l’on m’offrit davantage de temps sur cette Terre, mais le grand Ordonnateur celui qu’il me plaisait tant de détester a décidé de frapper unae fois encore, un grand coup. Il me rappelle à lui par la petite porte et dans sa grande mansuétude, le bougre m’offre un sursis dérisoire : quelques jours tout au plus. J’ai honte de le laisser mener ma barque et de ne pas avoir le cran de me jeter sous un train. Tu te trompais, je renonce au destin des grandes héroïnes romantiques pour partir sans panache, je crois même que lorsque le moment viendra, j’aurai peur.

 

Un an déjà, peut-être plus, je n’ai plus vraiment la notion du temps. J’imagine que si tu le connaissais, tu prendrais mon récent mode de vie pour une démission et non comme un pèlerinage. Je n’oserai pas te mentir, car il est vrai que je vis telle une recluse dans la maison des Chapignades. Chaque nouveau jour, je pars à l’assaut de cette vieille bâtisse qui regorge de trésors. J’ai trouvé dans une vieille malle des photographies qui se plaisent à jaunir dans leur album, j’y découvre des regards et des sourires figés d’hommes au costume impeccable, de femmes dont l’histoire est presque palpable et d’enfants rieurs, tous mes aïeuls, toute une tribu singulière de non vivants. Dans le grenier, reposaient depuis près de 30 ans, entassés sous une couche extraordinaire de poussière, des kilomètres de bandes en super huit narrant le mariage de ma grand-mère Sylvia avec son beau militaire, celui qui périt sous les bombes, les vacances à St Malo sous les grandes tentes à rayures, les premiers pas de mon père devant l’étable de l’oncle Jean… C’est avec précaution, presque de manière religieuse que j’ai visionné le tout. Des petits bouts de vie dont je me repais, ils s’évertuent à me réchauffer le coeur et à sucrer mon quotidien. Mais le vide…pour me souvenir de tous ces instants, j’use des dizaines de stylos sur des cahiers d’écolier, des pages qui ne verront jamais le jour, et qui vivront le repos du juste au fond du tiroir du vieux chiffonnier. Ce matin, j’ai relu le premier carnet, celui qui rend les traces du passé si prégnantes et le présent si douloureux, celui qui me hante et me troue le coeur. ‘Le passé n’existe pas, seul le souvenir du passé est réel’, ce sont les derniers mots dont je me rappelle, je les ai retranscrit tels quels, sans doute par peur de les oublier, mais ils résonnent encore dans ma tête, tout comme ta voix. Je me souviens de cet instant-là, celui où j’ai senti en moi, dans cet endroit caché que je n’ouvrais qu’en de très rares occasions, cette parole anodine entrer avec violence et fracas. Je sens encore les gonds couiner un peu parce que la porte était trop peu souvent empruntée. L’étau qui me suffoqua alors, ne m’a plus jamais quitté. Je me souviens m’être sentie trahie et minable, t’avoir assené des paroles lourdes et éloquentes  puis avoir attendu de voir dans tes yeux combien je touchais fort et juste. Gagner m’a laissée plus vide encore et tu as quitté les lieux. Le bruit en bas de la rue, les cris puis la sirène, je les perçois encore mais tout est un peu flou après.

 

Aux Chapignades, je m’enfonce dans des souvenirs qui ne sont pas les miens, tu avais raison alors je t’avoue ma peine pour te faire souffrir un peu. La médiocrité me va bien. Gris de chagrin, la métaphore semble belle mais la réalité ne l’est pas car mon ivresse est celle qui fait vomir et dévore les entrailles. Savais-tu alors, que le chagrin après avoir annihilé toutes les émotions tue ? Est-ce pour cela que tu as manqué de prudence ? En moi depuis, seul réside la colère, celle que j’ai sentie t’habiter et que j’ai faite mienne pour qu’il me reste quelque chose. Je regrette, je regrette tellement. Quel sentiment étrange que celui d’attendre de voir le ciel s’assombrir et d’espérer un répit…

 

 

 

C'est peut-être ça qu'on cherche à travers la vie,

 

 rien que cela,

 

le plus grand chagrin possible

 

pour devenir soi-même avant de mourir.
Louis-Ferdinand Céline-Voyage au bout de la nuit

 

 

 

 

*fin du dix-septième cahier, retrouvé dans le vieux chiffonnier

 

 

 

mayasuperstar

 

 

 

 

Défi 127 par angelilly

le 18/02/2008 à 18h01

Après elle

J'en suis sûr, elle est toujours là.
Et elle me rend visite de l'Eternel.

Rappelle-toi : Le passé n'existe pas,
Seul le souvenir du passé est réel.

Oui, mais... et si j'entends sa voix,
Comment puis-je nier son appel ?

Rappelle-toi : Le passé n'existe pas,
Seul le souvenir du passé est réel.

Oui, mais... si je la devine près de moi,
Comment feindre que ce ne soit elle ?

Rappelle-toi : Le passé n'existe pas,
Seul le souvenir du passé est réel.

Oui, mais.. si j'entrevois son aura,
Comment démentir son halo immortel ?

Rappelle-toi : Le passé n'existe pas,
Seul le souvenir du passé est réel.

Oui, mais... si je sens m'enlacer ses bras,
Comment ne pas croire l'irrationnel ?

Rappelle-toi : Le passé n'existe pas,
Seul le souvenir du passé est réel.

Oui, mais... si le passé perdure en moi,
Comment puis-je réfuter qu'il soit réel ?



.~*~.angelilly.~*~.

Défi 127 par camomille631 ...

le 17/02/2008 à 20h53
"le passé n'existe pas, seul le souvenir du passé est réel"



Une présence, un âme, un souffle au creux de la mémoire ... C'est comme si tout redevenait comme avant.
Je me revois, il y a encore quelques années, passant par cet endroit, avec un autre. Ce n'était pas avec toi. C'était avec quelqu'un que je n'ai pas cessé d'aimer depuis toujours. Je l'ai toujours aimé.
Tu sais, pas d'un amour de quelques années, non, d'un amour plus fort que tout, qui réduisait tout en miettes sur son passage.
Je me souviens ...

Il y a 19 ans, j'ai rencontré quelqu'un, c'est anodin comme rencontre en fait. Nous étions au vernissage d'une expo d'art contemporain. Je m'y revois encore, là, bavardant au milieu des invités. Puis, ton regard. Intense, pénétrant, je me suis sentie nue sous tes yeux. Comme si tu savais tout de moi. Des yeux d'un noir magnifique. Tu avais les cheveux mi-longs et noirs, eux aussi. Tu étais plus âgé aussi. Beaucoup plus âgé. Mais qu'importe. Tu m'as approché, et nous sommes partis. Sans un mot. De toute façon, nous n'en avions pas besoin pour l'instant. Tout ce qui importait, c'était de nous connaitre mieux, mais sans utiliser les moyens du commun des mortels.
Une fois chez moi, nous avons parlé, parlé et parlé. Tu avais toujours ce regard si pénétrant, énigmatique et parfois rieur. Comme si tu anticipais ce que j'allais dire, que tes yeux savaient déjà quand rire.

Je m'en souviens tellement bien, mes souvenirs semblent tellement plus vrai que le passé ...

Nous avons vécu 6 mois d'un bonheur intense et ravageur. Personne ne pouvait nous voir, nous n'en avions cure. Ils ne supportaient pas notre si grande différence d'âge, tant pis pour eux. Nous formions un couple heureux. Tu avais beau avoir 46 ans et moi 25, on s'aimait, et c'était tout ce qui comptait.
Il n'y eu pas de chute, pas de fin. Cela fut brutal, inatendu. Tu as eu mal, brièvement. Puis la vie t'as quitté, comme ca, un matin de décembre, alors que je dormais au creux de tes bras. Dans un dernier souffle, ton âme est partie. Tes yeux de braise, je les ai fermés moi même. Je n'ai pas eu mal, étrangement. Comme si tu avais quitté ton corps pour rejoindre le mien, pour que je ne souffre pas du poids des ans et d'une vie entière sans toi.
Et puis il y eu ton dernier souhait. Tes cendres dispersées a Varanasi.  Ce fut étrange d'y revenir, mais j'y suis allée. Plus personne ne voulait entendre parler de toi dans ta famille. Tu leur avait "fait honte", comme il disait, en "t'amourachant" d'une "gamine" comme moi. Et alors ? Savent-ils seulement ce qu'est l'amour ? Savent-ils qu'il n'obéît a aucune loi fixée par les bien-pensants ? Ce sont des liens si forts, si puissants, que rien ne pourrait les détruire. Il faut mieux vivre peu mais intensément que trop et médiocrement.

Notre amour avait choisi la voie rapide, mais la douleur ne fut pas pour moi. Elle ne fut que pour toi. De ne pas avoir connu cet homme, ton père. Je ne t'en avait jamais parlé avant. Je ne voulais pas que tu t'imagines des choses, que tu le magnifies a partir du peu de photos que j'avais de nous 2.
Passer cette porte, c'est revenir 19 ans en arrière, revoir son regard, je le sens encore sur moi. Je me souviens quand nos yeux se sont croisés. Je n'oublierai jamais. Il était tellement beau.

Parfois les souvenirs du passé prennent le pas sur le présent, et l'on s'égare, se croyant revenus en arrière. Ce retour m'a fait du bien. Ne m'a pas rajeuni, ne m'a pas rendu mon coeur, mais t'as donné un père.

Je t'aime, mon petit ange. Monte au ciel tranquillement, je veille sur toi ... Pour toujours ...


Camomille631 ...

Défi 127 de Leslie

le 15/02/2008 à 18h07
"le passé n'existe pas, seul le souvenir du passé est réel"

Je me réveille, encore une fois.
Tremblante, encore une fois.
Le corps plein de sueur ne répond plus à ma pensée, comme toujours.
On s'y fait, vous savez . On s'y fait, à ces cauchemars, ces images récurrentes, floues mais d'une netteté à en couper le souffle.
Je regarde autour de moi, cette chambre noire que je connais par coeur m'effraie. Cette armoire massive, ces tableaux sur les murs non, ce n'est pas moi !
Je revoie pourtant ces murs si délicatement décorés... Bref, ne pensons plus à ce cauchemar. Mon regard se pose sur mon époux, un sourire attendrit mon visage crispé, ma main s'approche de ses cheveux mais mon corps refuse, ces images, sans cesse, qui reviennent, qui m'affolent, je ne peux le toucher, cet inconnu, il ne sait rien de moi, c'est un étranger qui se tient là dans mon lit ! Ses râles qui se veulent apaisants me donnent envie de le tuer, prendre doucement cet oreiller et lui enfoncer sur la tête jusqu'à ce qu'il ouvre les yeux et comprenne que j'ai repris le contrôle du corps de sa femme. Ho oui, l'étouffer, doucement, l'entendre geindre, voir son misérable regard me supplier. Comme dans mes rêves, oui, comme dans ce cauchemar qui m'a réveillée cette nuit encore. Je ne vois que ça, les yeux en pleurs de cet enfant qui demande à sa maman de ne pas le tuer. Des cris, tiens, c'est étrange, lorsque j'y repense... ils ne sonnent pas français. Peu importe, je les comprends.
Parmi ces images... une femme, face à un miroir, elle me ressemble étrangement. Elle coupe ses longs cheveux bruns, les teint, elle me ressemble de plus en plus. Idiote, c'est toi ! Tu ne te reconnais même pas ! Tu nies l'évidence lorsque je te l'offre en rêve !

Demain.
Demain, je me réveillerai.
J'irai prendre mon café, encore une fois.
Je n'aurai aucun souvenir de cette nuit, encore une fois.
Mon mari passera sa main dans ma courte tignasse, comme toujours.

Demain.
Demain, j'aurai deux ans.
Oui, deux ans.
Je suis ce qu'on appelle une amnésique.




Leslie.

Désolée de poster un peu tôt je serai absente ce week end,
Désolée aussi de ne pas avoir trop suivi le sujet mais je suis partie toute seule dans mes délires schizophrènes ^-^

Défi 127 par Isie

le 14/02/2008 à 18h15
Aujourd’hui.

Je me suis levé, l’air de rien. Un jour nouveau, un monde nouveau, un matin nouveau... Il fait beau. Hier ? Hier c’est le passé, ça n’existe pas. Seul aujourd’hui compte, l’instant présent, le moment. Je me souviens de mes rêves, quelques uns. Un, surtout. J’ai rêvé d’hier, je n’ai pas aimé. Hier n’existe pas, n’existe plus.

Aujourd’hui.

Dans la rue, rien n’a changé. Les jours se succèdent. Et pourtant, les secondes défilent et aucune ne se ressemble. Je ne suis pas deux secondes de suite la même personne. Ma peau vieillit seconde par seconde, instant par instant.
Je voudrais mes photographier, tous, ces instant. Je me souviens d’un rêve, un rêve d’hier. Je n’ai pas aimé. Hier n’existe pas.

Aujourd’hui.

Aujourd’hui, le soleil me réchauffe. Je me souviens de la chaleur d’hier, mais est-ce réellement arrivé ? j’ai rêvé d’hier, il faisait chaud, aussi, dans mon rêve. J’avais peur, parce que j’avais mal. Mal de ne pas exister. Quelle est la différence entre hier et aujourd’hui ? quelle est la différence entre hier et mon rêve ?

Aujourd’hui.

Je me souviens d’hier. J’ai tué un homme. Il me faisait peur, il me parlait de demain. Je l’ai tué avec sa propre arme : une canne. Je me souviens d’hier, et de la chaleur du soleil. L’homme n’existe plus. Il n’existe que dans mon souvenir de lui. Il est mort proprement, sans tache, sans débats inutiles. Il n’existe plus. L’instant passé disparaît, et avec lui les gens qui n’y survivent pas.

Aujourd’hui.

J’ai rêvé d’hier, je n’ai pas aimé. Hier n’existe pas. Ce qui a fait d’hier un instant présent n’existe plus. Ce qui n’existe plus n’a jamais existé.
Est-ce que cet homme était réel ? l’ai-je rêvé ? je ne le saurais jamais. Tout ce qui est hier est perdu. Définitivement. Seul aujourd’hui compte. Il n’en fait pas partie. Si j’arrête de me souvenir d’hier, tout disparaîtra. La seule façon d’avancer est d’admettre que ce qui s’est passé hier n’existe pas. Seul le souvenir d’hier le rend réel.
Si je n’y pense plus, rien ne se sera passé. Aujourd’hui est vierge. Aujourd’hui est tout ce qui compte.

Aujourd’hui.

Je me suis levé l’air de rien. Un jour nouveau, un monde nouveau, un matin nouveau... Il fait b eau. Hier ? Hier c’est le passé, ça n’existe pas. Seul aujourd’hui compte, l’instant présent, le moment. Je me souviens de mes rêves, quelques une. Un, surtout. J’ai rêvé d’hier, je n’ai pas aimé. Hier n’existe pas, n’existe plus.

© isie

Défi 127 - lancement

le 12/02/2008 à 11h33
Je clôture le défi 126 et en profite pour lancer le défi 127.

Je vous propose donc d'écrire à partir de cette phrase :

"le passé n'existe pas, seul le souvenir du passé est réel"

Enjoy =)

On se retrouve donc ce week end
Isie

DEFI 126

le 03/02/2008 à 18h39

Ici, il y a tout ce dont vous pouvez rêver.
Ici, votre vie est parfaite.
Ici c’est le Paradis sur Terre.

Je suis venue ici et j’ai réussi.

- Il vous manque pourtant quelque chose.
- Oui.
- Votre bonheur n’est donc pas parfait ?

-Bien sûr que si, je crois l’avoir suffisamment signifié.
- Alors ?
-Alors, je suis heureux ! Ce manque n’a rien à voir.
- Pourquoi vous perturbe-t-il en ce cas ?
-Il ne me perturbe pas.
- Pourquoi en parlons nous ?
-Parce qu’il existe !
- Pourquoi ne pas l’ignorer, s’il ne met pas en danger votre bien être ?
- Par curiosité, peut être ? Non, pas d’autre « pourquoi », s’il vous plaît. Je crois que vous vous enfoncez, Docteur.

Je suis arrivé  un 4 avril. Je mesurais alors 46 cm et pesais 3,400 kg. Dès lors ma vie fut celle que je rêvais. Non, je ne rêvais pas, tout cela était vrai ; est encore vrai. Notre monde, aussi réduit soit-il, et aussi vaste, est d’une indéniable matérialité.

Les villes, la campagne, les forêts, les océans,
Serait-ce l’évolution naturelle de l’espèce qui nous a mené vers cet état de bonheur permanent, de vision positive de chaque chose, même des tragédies ? Je suis incapable de ne pas être heureux car je ne vois dans les accidents que des fatalités, dans les maladies que la nature, et nous nous faisons tant à ces idées que nous restons sans cesse, non pas insensibles, mais simplement…heureux, dans l’acceptation de la vie et de toute ce qu’elle implique.
En total accord avec l’univers.

- Je pense que je vais me tuer.
- Pourquoi cela ? Vous venez de me dire que vous êtes…
- Pourquoi pas ?
- N’avez-vous pas le désir de…profiter de votre vie ? - Pas réellement.
- …
- Je pense que je comprends votre étonnement.
- Je ne sais pas moi-même si je le comprends, mais je vous comprends encore moins bien.
- Vous voyez. Il y a comme un blocage, n’est-ce pas ?
- Je n’appellerais pas ça comme ça.
- Non, vous avez raison, en fait c’est plutôt l’absence de blocage qui est en cause. Jamais nous ne nous heurtons à une situation, notre cerveau est capable de l’analyser, de l’expliquer et nous l’acceptons.
- C’est le fait de tout accepter qui vous dérange ?
- Mon cerveau fonctionne comme le vôtre, rien ne me dérange dans le fait qu’il me fasse tout accepter, je l’accepte.
- Nous nous perdons quelque peu, je crois…
- Je le crois aussi. Tous autant que nous sommes, nous nous perdons.
-…que voulez vous dire ?
- Je veux dire que ce bonheur entraîne notre perte. Des gens vont me suivre, vous savez ?
- Vous suivre ?
- Dans la mort. C’est dans l’ordre des choses, tous nous allons mettre fin à nos vies. Cela prendra du temps, mais je suis persuadé que pas un de nous ne restera. Savez-vous à quand remonte le dernier suicide ? Le suicide est quelque chose d’atrocement difficile à concevoir pour nous, et ce depuis bien des années. C’est fou comme tout a pu changer, et à cette vitesse…ça ne vous a jamais étonné ?
- Si, bien sûr, mais…
- …mais vous savez que c’est dans l’ordre des choses. Et vous l’avez accepté. Et vous
êtes heureux. Nous avons atteint, je crois, un stade ultime. Nous sommes au plus haut…et tout ce qui nous reste à faire, c’est redescendre. Ou plutôt disparaître. J’ignore dans combien de temps votre cerveau vous mènera à la même conclusion, car je ne sais pas si je vous ai aidé à vous acheminer sur la bonne voie et cela ne m’intéresse d’ailleurs pas vraiment. Peut être mourrez-vous avant, aussi.
- Mais voyons ! Vous…
- Donnez-moi une seule bonne raison de ne pas le faire ! Il n’en existe pas ! Quel danger cela pourrait-il représenter ? Que nous importe que notre espèce s’éteigne si notre cerveau l’accepte ? Notre espèce, dans l’état où elle se trouve, a prouvé qu’elle n’était pas destinée à survivre plus longtemps. Comme je suis heureux !
- C’est cela qui vous rend heureux ?
- Non. Oui. Ne ressentez vous pas un manque ?
- Non…peut être…je ne crois pas…rien qui m’empêche d’être heureux en tout cas.

- Oui, c’est bien ce que j’imagine.

Le désir ne porte pas vers des choses que l’on possède déjà.
Et quand bien même, si nous n’avions pas le bonheur, pourquoi notre désir porterait-il vers lui ? Tous me suivront, dès lors qu’ils comprendront que leur désir peut se détacher de l’idée de bonheur.
« Ca » me manque, me manque tellement, et je n’arrive pas à perdre mon bonheur. Je ne veux plus vivre, cela ne m’intéresse pas !


Je quitte mon bonheur sans regrets.

 

Je ne demande que cette épitaphe sur la stèle,  Une épitaphe pour dire qu’ici tout est éphémère mais ce désir vaniteux de penser que nous ne serons jamais à tout jamais oubliés...


Pour tous, il était l'irremplaçable, celui qu'on voudrait ne jamais voir s'en aller, mais qui doit partir, un jour. Quand il quitta le monde des hommes, il laissa un regret qui n'a jamais guéri. Nous ne savons plus qui est celui qui nous manque et que nous attendons sans cesse, mais nous savons bien qu'il y a une place vide dans notre coeur."

L'Enchanteur, René Barjavel.

 

J'ai serré cette arme tellement fort contre mon coeur, avec ce bonheur de savoir que je suis un géant qui atteindra le ciel...

 



 

 SYRIELLE



DEFI - 126

le 03/02/2008 à 12h55
J’imagine ces hommes, ceux qui détiennent le boîtier qui sera à l’origine de l’explosion. Ils effleurent toujours le fameux bouton rouge, d’abord avec l’index, puis ils le posent et le retirent aussi sec comme si le bouton menaçait de les brûler, comme si le contact pouvait indisposer. Je suppose qu’ils hésitent, malgré leur foi ou leur décision. A un moment, j’espère que ces hommes doutent.

Le petit écran me rassure en attestant les incertitudes ; comme tout spectateur, j’aime être tendu et m’installer juste au bout du doigt du géant qui gouverne le monde. Appuiera-t-il ? N’appuiera-t-il pas ? J’avoue aimer plisser l’œil gauche et mordiller ma lèvre droite lorsque la tension est grande. Qu’ils pressent le bouton, pour que je sente encore à l’intérieur de moi se resserrer mon ventre. La sensation est déroutante parce que toujours un peu plaisante au fond, désagréable parce qu’elle n’est pas maîtrisée.

Pourquoi appuient-ils ? Est-ce un réflexe après une trop lourde tension ? Sont-ils motivés par une envie irrésistible de ne plus penser et d’en finir au plus vite ? Est-ce l’adrénaline procurée par le peut-être qu’ils entrevoient ?

Qui sait ? Ceux qui possédaient le boîtier ne sont pas en mesure de répondre.

Je ne pense pas que tous les détenteurs de boîtier soient des terroristes, enfin, question de point de vue. J’ai possédé une fois un de ces brûlots entre les doigts. Je le crois. Je n’avais rien demandé mais soudain des ailes me poussaient et le sang des vainqueurs m’habitait : elle m’aimait. Le bonheur me tendait la main. Combien me manqua-t-il alors ? Un cheveu, peut-être deux. Qu’importe ce dont il faut se souvenir, c’est de ma carence. Aujourd’hui, je salue ma ténacité, il en fallait pour l’éloigner de moi. Tout était bon, même les procédés les plus bas, je ne les citerai pas, déjà bien dévoré pas la honte et le mépris. Je n’ai pas joué, je n’ai pas triché mais mon cœur s’est emballé, bien trop vite, bien trop fort. Si bien que la panique me commanda de la repousser. L’ayant un jour, perdue tout à fait, j’ai senti poindre en moi une chose nauséabonde, le dégoût. Je n’angoissais plus, je vomissais juste. Pour elle, je n’existais plus ou pas, elle n’avait pas tort.  

Deux sortes d’hommes existent, ceux qui vivent par procuration, les tendus qui plissent et mordillent puis il y a ceux qui résistent un peu et qui finalement appuient. Presque toujours. L’humain est ainsi, un hésitant, un boitillant, un lâche. Je ne déroge pas à la règle.

S.


 


 

L’ombre perlant de sueur, dépose le papier gribouillé à la hâte à sa droite et glisse dans sa bouche le revolver qui reposait sur le secrétaire. Une main sur le cœur, il ferme les yeux qui laissent s’enfuir quelques larmes.

 

‘L'homme en train de devenir géant

serre contre son coeur l'arme de suicide.

L'actionnera-t-il avant d'avoir escaladé le ciel?’

BARJAVEL

 

*mayasuperstar*

réponse défi 126 par Jfred

le 03/02/2008 à 07h52

Qu’il est difficile d’avoir à faire des choix dans une vie, quand bien même celle-ci fusse t’elle au début d’une aventure humaine incomparable, comme celle de continuer d’avancer.  C’est exactement ce que se disait Arthur en regardant le ciel de la fenêtre de sa chambre. Un ciel plombé qui semblait retomber à même le sol pour en recouvrir les quelques rares âmes qui osaient encore sortir sous la pluie et le vent. Les gouttes d’eau sur son carreau semblaient rythmer le temps qui coulait inexorablement entre ses doigts, tant il lui était impossible de le retenir. Fallait-il écouter et faire ce qu’il voyait de ses parents ? Fallait-il, plutôt, se servir de sa propre intelligence pour faire ce dont il pensait être la meilleur des choses ? Fallait-il se poser tant et tant de questions pour continuer de vivre en ce bas monde ? Il est vrai qu’Arthur s’était toujours posé des questions, que ce soit sur les bancs d’une école qu’il exécrait au plus haut point, tout en y étant l’un des meilleurs, ou tout simplement dans le choix de ses petites amies, qu’il délaissait au bout d’une semaine à peine, tant il se demandait ce qu’il faisait avec. A 17 ans il en était arrivé à se demander également si ça valait la peine d’être accompagné dans la vie. Drôle de questions existentielles pour un gamin de cet âge, qui tout au long de sa vie, a été choyé, aimé, protégé par une famille qui en a finit par être castratrice sur le ressenti profond de sa vie. Au fond comment ressentir les douleurs de l’âme quand on est ultra protéger par sa famille ? Comment ressentir le mal que l’on peut faire aux autres, lorsque sa propre famille vous dit que ce que vous faites est bien ? C’est un peu comme ces médicaments qui enlèvent les douleurs, qu’avant nous supportions parfaitement. Sa famille était devenue un dérivé d’anxioleptique.


 


Aujourd’hui n’était peut être pas un jour comme les autres. Aujourd’hui Arthur regardait par la fenêtre de sa chambre et tenait à portée de main, sur la planche que formait son bureau, un flacon dans lequel il pouvait remettre sa vie. Cette petite chose volée en cours de bio, lors d’une expérience pratique et qui permettait, comme par enchantement, d’ôter toute vie, à n’importe quel être vivant. C’était si simple de pouvoir soulager ses douleurs dans le fond, un simple geste, et puis voilà. Arthur se répétait souvent qu’il serait capable du pire si un jour il ne supportait plus le cocon familiale, la protection rapprochée, sa vie quoi. Partir ? Oui, bien sûr, c’était cela la solution, mais partir où, et combien de temps ? Il y a-t-il une notion de temps dans le fait de partir ? Il savait très bien que les recherches pourraient aboutir, et finiraient par le retrouver, comme dans la plupart des cas, il le sait, son père le lui avait dit, lors d’une conversation animée à table, un soir. Et puis tout le reste quoi, tout ce qui entourait sa vie, le bahut, les filles, son ennui perpétuel, ses sourires figés et forcés, son rire ? Il n’existait plus depuis fort longtemps. Il avait bien essayé d’en discuter avec Camille, sa sœur, mais comment  aller plus en avant dans un sujet comme son mal être, avec une fille qui faisait tout pour se sortir du carcan familiale, car elle devait bien ressentir les mêmes choses. Elle avait sans doute trouvée la solution, sa solution. Provocation à outrance, prendre et jeter les mecs, mais pas comme lui. Elle s’était avec plus de violence verbale, avec plus de mépris même. La parfaite petite pouffe, comme ça se disait dans son lycée, et dont à qu’une seule envie, celle de la choper dans un coin, et de la violer. En rêve, fantasme adolescent que parfois des hommes réalisent, fantasme dans la tête de ces jeunes qui en voyant leurs camarades de classes ainsi parées, agir ainsi, les dévisageant du regard, leur dénudant le corps de leurs yeux inquisiteurs, n’ont que le fantasme, et fort heureusement pas le cran de passer à l’acte. Lui n’était pas comme ça, Arthur ne pouvait y être, car Camille était l’une d’entre elles, et juste pour ça, il maudissait ses consœurs, mais sans jamais leur vouloir du mal. Non lui, Arthur, sa vie n’était en fait, juste que blême.


La pluie qui tombe sur le pavé de la rue fait un petit bruit de clapotis, elle s’est calmée, le vent tombe, les gens deviennent de plus en plus rare, il se fait tard. Arthur toujours debout devant sa fenêtre, a le regard qui fuit. Ses yeux dans le vague, son esprit vagabonde vers les cimes noires d’une mort annoncée. Son visage se relève, la vue qu’il a lui donne raison : « Qu’est ce que je fous là ? ». Il a , à deux pas de lui, le moyen d’aller ailleurs, pour toujours, de se libérer d’une emprise qui le replie sur lui-même, il a la possibilité de se libérer. Lui revient en mémoire à cet instant, une phrase d’un bouquin qu’il avait bien aimé du reste. Un livre d’un auteur qui commençait à dater, mais dont l’œuvre est intemporelle, Barjavel. Ce passage qui passait et repassait dans sous son crâne, au plus profond de son être pensif disait « L’homme en train de devenir géant, serre contre son cœur l’arme du suicide…… ». Lui Arthur, jeune homme en train de devenir géant, allait il avoir cette impulsion qui allait faire tendre son bras pour prendre le flacon. Déjà ses doigts se dépliaient, et des perles de sueur coulaient le long de ses tempes. Ses doigts à portée de la table, son regard figé sur la petite bouteille… Une voix au lointain, si loin, qui hurle, comme un cri inhumain, c’est du moins ce qu’il en percevait. «  Putain Arthur tu te magnes oui, j’te signale qu’on t’attend depuis une plombe pour aller au restau ». C’était la voix de sa sœur qui l’appelait, Camille qui l’avait sauvée ? Décidément, il lui faudrait bien gravir bien d’autres cimes pour passer de l’autre côté de la montagne.


 


@Jean-Fred


 

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