La Tertulia

proposition 126

le 27/01/2008 à 17h52

Il est temps de clôturer le défi 125. Merci aux tertulians d'y avoir participé avec autant de brio.  

Je vous propose de ce pas un N° 126 :

"L'homme en train de devenir géant serre contre son coeur l'arme de suicide. L'actionnera-t-il avant d'avoir escaladé le ciel?"


BARJAVEL - La faim du tigre 

 

Au plaisir de vous lire...

*mayasuperstar*

Leslie - Défi 125

le 24/01/2008 à 10h22

Voici la dernière photo de Papy qu'il nous reste.

C'est bien triste à dire je sais... Moi, Papy, jl'ai jamais connu. Paraît qu'il était prof.
Mamie ne m'a jamais montré de photo. Celle là, c'est la seule que j'ai pu trouver au fond d'un tiroir, un jour où je cherchais des crayons de couleur. Jl'ai chapardée...
Enfin, c'est pas une grande victoire vous m'direz hein.
"Mais attends mais on y voit rien sur c'te photo, une horloge et encore t'as vu l'état du film !"
Alors c'est que vous regardez pas bien. Toutes façons je la garde. Vous pouvez rien y faire, c'est ma photo. Forcément vous avez vu une horloge, mais vous avez songé à regarder un peu plus loin ? Regardez, d'abord ya ce bout de fauteuil. Hé oui, faut regarder avant de critiquer ! Cette poto je la connais dans ses moindres recoins. Sur ce fauteuil si vous oservez attentivement vous verrez mon papy assis là, à regarder ses clichés. Et sur cette horloge, regardez quoi ! Ya son nom gravé dessus !

Oui, voici la dernière photo de Papy qu'il nous reste.
C'est bête. Papy, c'était un grand photographe. J'ai des clichés magnifiques qu'il a pris, Cartier Bresson peut aller se rhabiller ! Papy, il était au courant de toutes les dernières technologies. Et aujourd'hui moi qu'est ce que j'ai ? Une vieille photo en négatif grâce à laquelle j'imagine des scènes, à l'heure où les photo numérisées sont un succès, à l'heure où certains retrouvent le grand père du grand père de l'oncle de leur tante par alliance grâce à internet.
Moi, ouais, j'ai que ma photo chapardée.
Qu'y voulez vous, les photo d'enfance de mon père, c'est tabou dans la famille.
Alors pendant qu'ils s'engueulent tous et détruisent le travail que Mamie a accompli seule, moi j'regarde Papy, sur ma photo.
C'est bien mon seul héritage, l'imaginer.
Et j'le laisserais filer pour rien au monde, pas même la plus belle photo de lui.

DEFI 125

le 20/01/2008 à 10h55

Tic tac, tic tac...
Je ne supporte plus ce tic tac dans ce silence, ce tic-tac qui me rappelle ce temps qui passe...
la seconde appartient au passé
la minute présente l'heure au futur

Tic tac autant enlever la pile.
Arrêter le balancier, mais le temps passe… Dans cette interminable attente…
Mon dieu je suis en retard vite ! Il faut que je me prépare, ils vont arriver !

Depuis le temps que je contemple cette horloge ! Je sais que maintenant il est l’heure…

Plus l’heure des regrets… Image flouée du passé…

J’attends…

Je vous attends. Mes enfants

Vous revoir tous réunis encore une fois, la dernière ? Même si je dois perdre mon temps à vous attendre, pour ce qui me reste à vivre..... Vous serez toujours miens.

Jacques, pourquoi n’es-tu pas là ? Ne cherche pas d’excuses, tu es l’aîné, montre l’exemple. Réuni ta couvée, prends ta voiture, mets ta moitié au volant et avale ces kilomètres qui nous séparent. Reviens-moi ! Une mère peut tout comprendre, même ton choix de cette stupide créature qui est devenue ma bru. Je saurai me taire, je ne veux plus endosser le rôle de la belle-mère acariâtre, celle qui rappelle à toutes que la dinde que je viens de cuisiner sera toujours pour ton palais, mon Jacques, la plus succulente, l’incomparable. Le temps n’est plus à l’heure des rancoeurs…

Je vous attends. Mes enfants au son de ce tic-tac, au rythme de ce balancier qui brise le silence, qui égrène les heures qui me font peur…

Anaïs et Barbara, mes jumelles ! C’est mon cadeau de Noël ? Cette hideuse lampe de chevet mais dans quelle sombre brocante avez-vous dégoté cette horreur ? Elle n’a pas dû vous coûter bien cher ! Pourtant vous avez réussi, l’une avocate, l’autre médecin. À propos, Barbara, tu pourras jeter un coup d’oeil à mes jambes, elles gonflent, mauvaise circulation, je présume. Quand je pense que vous vous êtes mise à deux pour m’offrir ce nid à poussière, votre souci d’économie confine à la radinerie, mes petites !

Je vous attends mes enfants, je saurai me taire le temps n’est plus à l’heure des reproches…

Marco, mon tout gros, mon tout beau. Roule jusqu’à moi. Un rien te profite ! Le quintal dépassé depuis si longtemps. Des bourrelets de graisse à déborder de tendresse pour ta maman, la seule qui fait le poids sur la balance de ton coeur.

Je vous attends. Mes enfants. Le temps est à l’heure de l’amour…

Jérémie, à brûler ta vie. Électrique et à toute vitesse, d’un excès l’autre, tu m’oublies, ta mère. Aujourd’hui, je ne vais pas te le reprocher. Pose toi le temps d’un après-midi, autour du repas de Noël. Retrouve tes frères et soeurs. Frêle et si fragile. Je pourrais te câliner encore un peu, dis ?

Je vous attends mes enfants. Le temps peut bien s’arrêter un instant…

Diane, la séduction porte ton nom. Tes grands yeux énamourés, c’est à moi que tu les dois. Coquette, point trop n’en faut, laisse tomber ton poudrier, mets les coudes sur la table et dévore cette purée de marrons. Diane, chasse ce souci de vieillir. Regarde-moi, je te ressemble déjà, prise au filet de mes rides

Je vous attends mes enfants. Le temps laisse ses marques…

Nicolas, John et Marie, toujours en voyage je vous en voudrais si vous n’êtes pas exacts au rendez-vous. Tous ces bateaux, ces express, le TGV, un supersonique, à tourner autour de la planète, pour être en retard justement aujourd’hui, faire attendre sa mère, vous mériteriez que je disparaisse pour de bon.

Mes enfants. Je vous attends. Le temps ne va pas s’enfuir sans vous…

 

 « TIC-TAC », bruit inéluctable de cette horloge… « TOC-TOC » l’on frappe à la porte les voici, voici mes enfants !

— « non, ne faites pas entrer mes petits-enfants, je ne les supporte pas ! »

— « eh bien, petite mère, qu’est-ce que vous faites comme ça, dans le noir ? Ce n’est pas bon pour votre moral et puis faut pas veiller aussi tard, il est plus que temps de vous coucher ! Vous avez vu l’heure !? »

— « Allez bonne nuit, petite mère, et encore joyeux Noël ! Un de plus, petite mère, un de plus... »

— « Allez Ginette, dépêche-toi il nous en reste encore une douzaine à coucher »

   « Pauvre petite mère, à chaque Noël, il lui en né des nouveaux dans sa tête, ça fait une drôle de ribambelle à présent. Si au moins elle avait réussi à en avoir un, un vrai, ce serait moins triste mais elle est restée aussi stérile que son imagination est fertile. À croire qu’avoir des enfants c’est pas donné à tout le monde.

 

SYRIELLE

 

 

 

 

 

défi 125

le 19/01/2008 à 13h13

Dans une grande pièce immaculée et cubique, dont les flancs proposent quelques clichés de Julian P. Carpenter, des gens entrent et sortent, certains passent, d’autres s’étonnent mais tous marquent un temps d’arrêt sur la pièce maîtresse de l’artiste : Contre-jour, déréliction et autre brouillardise…


Une jeune femme apprêtée de trente ans entre dans la pièce déserte. Un tailleur noir moule sa silhouette parfaite, elle porte des lunettes cerclées d’écailles et une serviette noire. Elle regarde sa montre, l’agitation se peint sur son visage. Les photographies lui sont invisibles parce qu’elle est déjà venue.
- A-t-il compris que le rendez-vous était ici? Onze heures précises devant l’horloge évanescente. Et s’il n’avait pas trouvé mon message griffonné, je suis partie si soudainement que je n’ai pas envisagé tous les paramètres… Que fait-il ? Pour un premier rendez-vous post consommation, je voulais un terrain neutre, un déjeuner rapide. Un test qui me permettra de fuir en prétextant un rendez vous avec Lambert au cabinet, on ne sait jamais. Mais qu’est-ce que je fais ici ? Qui a dit que ce sont les femmes qui devaient faire le pied de grue ?

Un homme, la trentaine bien entamée entre à son tour, il embrasse des yeux la pièce entière. Il cherche quelqu’un, les photographies ne le touche pas. Il l’aperçoit et sûr de lui, se passe la main dans les cheveux, guettant sa réaction, puis il avance et lui sourit.
- Juste à l’heure. Pas mal. Elle gagne des points. Pfouu, quelle femme, quelle tempérament quand j’y pense ! A la voir ainsi tirée à quatre épingles, on ne le devinerait pas. Seraient-elles pour moi ces attentions ? Je sens son trouble, serait-ce ses pommettes qui rosissent ténuement, là sous le blush ?

Entre alors un cadre dynamique mais taciturne. Quelqu’un d’uni, pas vraiment intéressant, pas vraiment fantaisiste. Il porte un jean, une chemise cravatée sobre et une veste noire bien taillée. Il semble pressé et peu enclin pour une visite. Dans sa main droite, il sert nerveusement un attaché-case.
- Le voilà le fameux Contre-jour, déréliction et autre brouillardise… dont Natacha ne cesse de vanter les mérites. Ah ouais. Je vois… Que dire ? Que j’ose avouer que je n’y connais rien en photographie? Mouais. Comment vais-je m’en tirer cette fois ? Avec une phrase toute faite sur le jeu des couleurs ? Un peu léger. Surtout si on y regarde de plus près. Je pourrais m’étendre sur titre mais j’ai beau le relire je ne le trouve que chiant et insensé. Qui est le photographe, déjà ? Je devrais peut-être prendre la brochure et la potasser. Non mais franchement, j’ai beau regarder, il n’y a rien a dire !
Seul avec mes limites. Seul ici à la pause du déjeuner. Seul et humilié demain. Quelle pimbêche cette Natacha !

Le presque-couple sort, le jeune homme les suit presque aussitôt, non sans se saisir d’un dépliant. Entrent ensuite deux couples, dont un délicieusement noué par une main.
- Patrice et moi, on est encore en couple, enfin, il me tient la main. C’est plutôt ingénieux comme illusion. J’ai épousé un génie qui est absent même quand il est là. Et Léa qui sourit. Que puis-je lui dire ? Rien. Je me contente juste de hocher stupidement la tête et me colle encore à lui. Je crois bien que je me déteste… Avant d’être mon amie, c’est sa sœur après tout. Je sais qu’elle ne comprendrait pas. Comment lui annoncer l’obus ? Léa, j’ai une féroce envie de fuir, Patrice est ennuyeux comme la pluie, j’ai mis dix ans à l’accepter. Si tu savais à quel point, il m’oppresse, chaque minute supplémentaire passée aux côtés de ce corps sans relief m’ôte un soupçon de vie et toute ma dignité. Ma dignité, parlons en. Un grand mot, je n’en ai plus depuis que je trompe ton frère avec Marc. Tu sais, l’étalon qui vit avec toi depuis quatre ans et qui veut te faire un gosse. Je suis une garce, je suis faible et je suis une amie et une épouse pitoyable. Contre-jour, déréliction et autre brouillardise, quelle atmosphère angoissante, j’étouffe… Il faut vraiment que je me sorte de ce guêpier ! Je suis une garce car voilà que je te souris encore.
- Je suis enceinte, je suis enceinte ! Je suis tellement heureuse que j’aimerais le crier à la terre entière. Je sais qu’entre nous, ça ne va pas fort en ce moment. Mais, j’ai confiance Marc. Ce bébé tant désiré, il va tout arranger. Pour l’instant tu me tournes le dos c’est plus facile puisque je cherche les mots pour te l’annoncer. Qu’on est bien ici, ce lieu m’apaise, peut-être est-ce cette horloge qui comme moi semble avoir enclenché le compte à rebours, peut-être est-ce Marie ? Je perçois dans son regard et dans ses sourires qu’elle a deviné.

Une mère de famille active, le cellulaire encore à la main achève une conversation avec son associé. Elle fouille frénétiquement dans son sac à main à la recherche d’un hypothétique calepin.
- Récapitulons, je dois penser à passer un coup de fil à Myriam pour lui dire que Tino accepte le compromis de vente de l’appartement de l’avenue Vauban, je dois prendre les quatre vestons noirs de Jean au pressing, déposer le brun et le marine à rayures, puis prendre le pain au seigle et la miche croustillante aux céréales pour dîner, sans oublier le sans sel de Me Albert, récupérer Joaquim au violon et … je sais que j’oublie quelque chose… Où est mon agenda ? Raaahhh ! Où l’ai-je encore mis ? Si au milieu de cela, j’arrive à caser le véto de Virus et mon fitness avec Rodrigo… Contre-jour, déréliction et autre brouillardise, ce Carpenter a vraiment du talent. Il faudra qu’on revienne avec Jean.

Entre alors un homme décontracté en jean et converses. Il est très intéressé par les photographies, les observe longuement une à une et s’en repaît.
- Julian, tu y es, cela valait le coup d’attendre. Tu les vois tous ces gens, c’est pour toi qu’ils viennent. C’est pas mal, il y a du monde. Mes conseils, ton travail ont porté leurs fruits, le disciple a dépassé le maître, tu avais du talent mon ami, mais maintenant c’est plus que cela. Je m’incline… C’est drôle, j’avais la foi mais j’ai renoncé, tu ne l’avais pas et pourtant… Si j’osais, j’écrirais dans le livre d’or pour te dire que je suis passé. Oui, si j’avais du courage.

C’est au tour d’une femme sans âge et ordinaire d’entrer. Chez elle tout semble gris, des habits en passant par les yeux et les cheveux, toutefois…
- Je ne sais pourquoi une force irrépressible m’a poussée en ces lieux. Je ne peux que la remercier. C’est magique ici, j’aime l’univers cotonneux qu’Il m’impose parce que derrière, tout là-bas…mhhhmmhhh... Somewhere over the rainbow way up high and the dreams that you dreamed of once in a lullaby...mmhhhmmhhhh... l’univers qu’il me propose. Déréliction. Tiens lui aussi. Charmant... Well I see trees of green and red roses too. I'll watch them bloom for me and you. And I think to myself what a wonderful world.

Le jeune homme en converses sort et croisent deux hommes, le premier, l’œil critique dévore les clichés, il sort un calepin et prend quelques notes ; le second, un presque-adulte vêtu de noir, les joues creusés et les yeux douloureusement cerclés de bleu erre au centre de la pièce puis se retrouve comme tous les autres devant Contre-jour, déréliction et autre brouillardise...
- Julian P. Carpenter, jeune photographe aixois, dépose quelques clichés surfaits et racoleurs. Racoleurs, le terme est peut-être un peu fort, après tout qu’importe, la Revue Autochrome ne pratique pas la langue de bois. Ce garçon a un bel œil mais je ne perçois pas sa fougue. Pourquoi présenter des clichés sclérosés alors qu’il faudrait juste oser ?
- Comme si entrer ici pouvait m’éviter de me foutre en l’air ? Je repousse l’échéance par petite lâcheté, simplement. Tous vissés vers ce noir et blanc alors qu’aucun ne le regarde vraiment, si peut être le type avec son carnet. C’est triste. Est-ce donc de ces gens que j’attends une main qui se tend ? Avant j’étais transparent, maintenant je deviens idiot. Tous sortent maintenant, il ne reste que moi, moi et tout ce blanc ? A croire qu’il ne manque plus que l’odeur de l’éther.


Dans une grande pièce immaculée et cubique, Julian P. Carpenter, propose quelques-unes de ses photographie à des hommes et des femmes intéressés ou pas. Qu’importe car c’est devant Contre-jour, déréliction et autre brouillardise… qu’ils font partager quelques-unes de leurs pensées.

*mayasuperstar*
clic

réponse défi 125 par Jfred

le 18/01/2008 à 17h42
Excusez moi de poster ma réponse ce soir, mais étant absent ce week-end.


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Tempus  Fugit                img256/8070/ombrehorlogeag4.jpg

 

 

De ces terres maudites d’où je viens

Il est des soleils aux rayons noirs

Qui ne glacent que les miens

Nous la caste des sans gloire

 

De ces terres damnées d’où je viens

Le temps s’est arrêté sur l’oubli

Figeant les heures que tout retient

Anesthésiant ce qui nous reste d’envie

 

De ces terres perdues d’où je viens

La compassion est muselée

Jetée, la poudre de perlinpinpin

Miroir aux alouettes à jamais brisé.

 

De ces terres noircies d’où je viens

On y vit, on y meurt, lentement

Nos vies ne sont que sur le déclin

Accrochées aux aiguilles du temps

 

De ces terres meurtries d’où je viens

Les horloges se sont à jamais figées

Le tic-tac monotone n’était pas feint

Il rythmait le temps, maintenant plus de balancier

 

De ces terres brûlées d’où je viens

Un voile gris s’est posé

Sur nos êtres si souvent dépeints

Comme nauséabonds et pestiférés

 

De ces terres anéanties d’où je viens

Le sol s’enfonce sous nos pas lourds

L’ombre et la lumière ne font plus qu’un

La clarté a perdue, la nuit a ensorcelée le jour

 

De ces terres condamnées d’où je viens

Le froid engourdi les hommes et l’espoir

D’un quelconque renouveau, d’un rien

Resserrant sur nous même l’emprise du désespoir

 

Ces terres ne sont que le reflet

De ce que je suis aujourd’hui

Comme cette horloge enveloppée de regrets

Tempus Fugit

 

@Jean-Fred  18.01.08

Voici donc l'heure de clôturer le défi 124, puisque nous sommes lundi...

et je me permets de lancer le suivant, soit le 125, sur cette photo.. qui fut... ratée !!!

Si cela vous inspire, et si le coeur vous en dit, ne vous en privez pas...

bonne semaine à tous..

@jfred



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Défi 124 - Leslie

le 14/01/2008 à 16h55
Le Nouveau Monde

Ils étaient tous là, assis, contemplant les lueurs rouges de la ville, écoutant les bruits sourds, les cris inhumains et pourtant remplis d’une telle horreur. Ils étaient là comme ils auraient été, quelques heures plus tôt, assis à regarder la télévision, à admirer une œuvre d’art ou encore à surveiller leur enfant jouer.  Le regard de chacun était différent. L’une semblait méfiante, de peur, peut être, que quelqu’un sorte à présent de ces flammes et ne vienne gémir à ses pieds, supposition impossible à dire vrai étant donné la distance qui les séparait de l’Enfer. Un autre regardait ces lumières avec une admiration certaine, ne pouvant s’empêcher d’esquisser un sourire lorsqu’un cri sonnait plus affreux que les autres. Un autre, encore, était pensif, imaginant sûrement son futur rôle dans ce monde qui serait bientôt leur. Ce monde qui serait bientôt leur… Ils étaient ce qu’on appelle des rescapés, rescapés de quoi ? Allez savoir, d’un phénomène encore inexpliqué qui avait plongé le monde qu’ils connaissaient dans un chaos sans fin. Chacun avait semblé en proie à une folie soudaine, et ceux qui, miraculeusement, n’étaient pas devenus complètement hors du monde étaient tombés dans les mains des dégénérés. Accidents de la route, meurtres, suicides, le monde avait connu à ce moment sa plus grande heure de mort. Et à présent ils étaient là, petite dizaine de rescapés, à scruter l’horizon d’un œil pervers. Assis sur leur chaise longue, la lumière face à eux, ils ressemblaient à des vacanciers appréciant les couleurs de l’aurore. Ils assistaient, en effet, à l’aurore d’un nouveau jour… Ces hommes, ces femmes, ces survivants, étaient-ils réellement des miraculés ? Toute âme semblait avoir quitté leurs yeux, leur regard n’était pas vide ho non, il était pire encore, il était cruel. Ces pères, ces mères, ces jeunes élèves des grandes écoles, ces gamins des quartiers malfamés, semblaient unis pour un seul et même but : la souffrance. Ils seraient les pionniers du nouveau monde ça oui, ceux qui ont survécu. Ils créeraient la haine et la douleur, l’absence, le manque et la souffrance. Ils régneraient à présent sur ces épaves, rois des carcasses de voitures, reines des cadavres d’enfants. Ils seraient rois, dieux, rien ne pourrait se mettre en travers de leur chemin. Un bruit… Ce gône, derrière, n’était-il pas des leurs il y a encore quelques minutes de ça ? Sous son silence innocent se cachaient les prémices de l’horreur, sous sa lecture enfantine se dessinait l’ombre d’un couteau sanglant…





Encore pardon, mon PC est toujours en rade et la vente d’ebay n’a pas été pour moi, j’avoue ne pas vous lire avec mes passages furtifs vous m’en voyez désolée, surtout sur ce sujet ralala j’ai hâte de voir ce que vous avez écrit !

À bientôt, j’espère,

Leslie

défi 124

le 13/01/2008 à 14h35

Les mois d’hiver sont comme une torture et plongent dans une torpeur nauséabonde. Comme la plupart des gens, elle n’échappe pas à l’injuste règle ; son cerveau émotionnel subit les rythmes biologiques. Le soleil, la mer, une chaise longue agrémentés d’une paire de solaire et d’un pepsi bien glacé ont un pouvoir : celui de faire qu’elle oublie tout, à défaut d’aller bien. Là, sur cette plage, les pieds presque dans l’eau, elle offre son visage aux piqûres de l’hiver et si elle frissonne, ce n’est que mieux. Cet instant n’est pas un plaisir solitaire, les autres sont tolérés, l’ambiance n’en sera que renforcée, toutefois la communication verbale reste prohibée parce que les regards ont la partie belle. Quelques minutes suffisent pour qu’elle soit enfin détendue, les odeurs emplissent ses narines et les déclinaisons de bleu apaisent son esprit tourmenté, comme un baume. L’agitation autour d’elle n’a aucune espèce d’importance, c’est à se demander si le contact avec la mer ne la rend pas meilleure et plus tolérante. 

 



Après ces moments précieux, elle se sent invincible et pleine de ressources, elle abattrait des montagnes et plus encore, des gens même peut-être. Elle déplore le manque de communication avec ceux qu’elle aime et cela la mange de l’intérieur, à grands coups d’incisives. Elle lui en veut à lui de noyer tout derrière une présence financière et matérielle, elle la déteste elle pour ses choix parce qu’elle ne la sent pas heureuse, elle le déteste lui aussi pour plein de choses, oui tellement mais pas suffisamment pour le haïr vraiment et puis surtout, elle se déteste elle, dans le rôle de la tragédienne grecque, un rôle qui lui va comme un gant. C’est parce qu’elle est menottée qu’elle vient sur la chaise longue, c’est toujours ici qu’ il lui apparaît comme une évidence qu’elle doit tourner son gouvernail et prendre à bras-le corps tous les tracas du quotidien qui ne sont pas les siens. Elle concourt donc aussi pour le rôle d’Atlas, et le pire c’est qu’elle gagne. C’est beau l’esbroufe, ceux qui la côtoient, tous les jours, envient son potentiel, louent son dynamisme, envient son énergie, alors elle vient, telle une esclave sur la chaise pour entretenir l’illusion et la faire durer. En ce moment, elle vient de plus en plus souvent pour recharger ses batteries parce qu’en public elle laisse parfois échapper des indices sur ce qu’elle est, quelqu’un de très moyen en fait puisque c’est quelqu’un qui en vrai échoue. La peur d’être découverte devient une angoisse alors elle en fait encore puis encore, elle se dépense, bien plus qu’il ne faudrait puisque ça lui donne l’impression d’exister. C’est triste, mais c’est ainsi, elle ne veut pas tendre la main. Sa vie est un sablier, un jour, elle deviendra un siphon. Une image prégnante qui lui troue le ventre et qu’elle veut à tout prix chasser de son esprit. Elle reprend une gorgée de pepsi en fermant les yeux, en priant le ciel de les rouvrir sur un monde nouveau.

 




 



* mayasuperstar *

 



réponse défi 124

le 12/01/2008 à 16h21

C’est une belle journée, comme il y a souvent depuis qu’on a cessé l’activité de la centrale. C’est un plaisir énorme que de venir se reposer ici. Le soleil au zénith, caresse de ses rayons ces gens qui viennent évacuer cette sorte de stress qu’est le chômage. Évidemment, l’arrêt de la centrale électrique a provoqué beaucoup de perte de travail, seul les experts et ingénieurs sont restés, pour tout arrêter « proprement ». Les autres, et bien ils savent qu’il n’y a rien à faire dans la vallée, rien d’autre que de se laisser allé aux doux rayons du soleil. De quoi vivront-ils ? Personne ne le sait, et c’est comme une illusion qui s’est envolée avec leur certitude sur leur avenir peuplé de rêves.


C’est drôle comme les périodes peuvent changer au gré du fonctionnement des institutions. Hier, un centre énorme, une mégapole, aujourd’hui, le vide complet, et les rues qui se vident. Seul, quelques personnes sont encore restés, refusant de s’en aller, d’abandonner leur maison, leur seul bien, leur région, alors ils sont là, à ne rien faire, juste qu’à se laisser caresser par le soleil. Bien mal leur a prit de rester, car il est dangereux de rester comme ça près d’une centrale. L’exemple le plus frappant est celui que les Ukrainiens ont vécus avec l’explosion d’un réacteur à Tchernobyl. Insouciance ou ignorance ? On ne sait, le soleil est si haut dans le ciel, si chaud, sur une région où il y fait frais. La froideur de l’ambiance tout au long des soirées au coin des cheminées qui ne fument plus, la froideur d’une journée qui s’écoule doucement, sans occupation, sans rien, la froideur du temps qui passe sans faire attention aux gens qui le subissent.


Oh tout irait bien, s’il n’y avait que ce petit détail qui frappe les visiteurs, lorsqu’ils visitent le musée. C’est certes un cliché représentant des gens au soleil, comme figés pour mieux capter les UV, pour avoir un peu plus l’air « heureux », oui mais voilà, c’est juste qu’ils sont figés, par le rayonnement qui frappa la région, lorsque suite à une mauvaise manipulation sur les ordinateurs encore en fonction, la centrale tout entière explosa. Figer est le bon verbe, ils sont figés à jamais sur le papier glacé. Paradoxe terrible, un soleil brulant sur papier glacé. Quelle idée avait eu ce touriste de visiter cette région abandonnée, et de prendre cette photo au moment où…. Comme ce fut bizarre aux sauveteurs d’avoir retrouvé l’appareil intact. Miracle des appareils numériques, la pellicule ne fond pas aux radiations, puisque, inexistante..


Il devait faire bon dans cette vallée, avant….


 


@Jean Fred

DEFI 124

le 12/01/2008 à 11h07

LE NOUVEAU MONDE.

L’éternité n’a plus d’avenir et notre infini se limite à la chaîne rocheuse qui borne notre horizon. Notre médiocrité s’étale à longueur de journée sur les transats fatigués de la croisière de l’ennui. Notre présence est acquise mais se fait encombrante. Nous sommes quelques individus sans vie, sans mouvement, figés dans l’attente d’une hypothétique chaleur qui doit, si j’en crois les propos du Dr Smith, réactiver notre humanité.

Il nous montre l’exemple, chaque jour, vêtu de son immuable complet gris, il expose son crâne luisant aux rayons, affirmant qu’un tel traitement favorise la repousse de ses cheveux disparus au fil du temps.

Madame Newman n’est pas assez vivante pour polémiquer avec Smith. Elle ne dévoile que la peau de son visage. Les radiations bienfaisantes doivent lui assurer un teint hâlé, une peau lisse et sans ride, économiser quelques liftings, toujours selon l’incontestable Dr. Pour le reste, elle abrite sa luxuriante chevelure sous un couvre-chef parasol, un cache-nez rouge s’enroule autour de son cou et sa robe en lainage pervenche n’autorise qu’à ses maigres mollets de sortir à l’air libre.

Son mari, M. Newman, se place toujours un peu en retrait de sa femme, trop content de vivre dans son ombre préservant ainsi sa fragile peau de rouquin.

Leur fille, Sunny, n’est pas en âge de s’opposer, elle vivote sous la houlette parentale, blonde victime expiatoire des brûlures solaires.

Son prétendant John Burn , relégué à l’arrière-plan n’a que faire de ces exercices de rôtissage, réfugié dans la lecture d’un précis de décomposition, seul capable parmi cette petite troupe de momies emmaillotées, d’entreprendre même s’il n’envisage qu’une séduction en règle.

D’attente en attente, à force d’immobilité, l’imagination se stérilise. Il n’est plus question de Nouveau Monde à construire, à découvrir, ou simplement espérer. Notre bande de médiocres se résigne à user ce vieux monde jusqu’à la corde, par habitude, sans surprise. La foi d’un renouveau date d’une époque révolue. Il ne nous reste plus qu’à éteindre la lumière.

Syrielle

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