Tic tac, tic tac...
Je ne supporte plus ce tic tac dans ce silence, ce tic-tac qui me rappelle ce temps qui passe...
la seconde appartient au passé
la minute présente l'heure au futur
Tic tac autant enlever la pile.
Arrêter le balancier, mais le temps passe… Dans cette interminable attente…
Mon dieu je suis en retard vite ! Il faut que je me prépare, ils vont arriver !
Depuis le temps que je contemple cette horloge ! Je sais que maintenant il est l’heure…
Plus l’heure des regrets… Image flouée du passé…
J’attends…
Je vous attends. Mes enfants
Vous revoir tous réunis encore une fois, la dernière ? Même si je dois perdre mon temps à vous attendre, pour ce qui me reste à vivre..... Vous serez toujours miens.
Jacques, pourquoi n’es-tu pas là ? Ne cherche pas d’excuses, tu es l’aîné, montre l’exemple. Réuni ta couvée, prends ta voiture, mets ta moitié au volant et avale ces kilomètres qui nous séparent. Reviens-moi ! Une mère peut tout comprendre, même ton choix de cette stupide créature qui est devenue ma bru. Je saurai me taire, je ne veux plus endosser le rôle de la belle-mère acariâtre, celle qui rappelle à toutes que la dinde que je viens de cuisiner sera toujours pour ton palais, mon Jacques, la plus succulente, l’incomparable. Le temps n’est plus à l’heure des rancoeurs…
Je vous attends. Mes enfants au son de ce tic-tac, au rythme de ce balancier qui brise le silence, qui égrène les heures qui me font peur…
Anaïs et Barbara, mes jumelles ! C’est mon cadeau de Noël ? Cette hideuse lampe de chevet mais dans quelle sombre brocante avez-vous dégoté cette horreur ? Elle n’a pas dû vous coûter bien cher ! Pourtant vous avez réussi, l’une avocate, l’autre médecin. À propos, Barbara, tu pourras jeter un coup d’oeil à mes jambes, elles gonflent, mauvaise circulation, je présume. Quand je pense que vous vous êtes mise à deux pour m’offrir ce nid à poussière, votre souci d’économie confine à la radinerie, mes petites !
Je vous attends mes enfants, je saurai me taire le temps n’est plus à l’heure des reproches…
Marco, mon tout gros, mon tout beau. Roule jusqu’à moi. Un rien te profite ! Le quintal dépassé depuis si longtemps. Des bourrelets de graisse à déborder de tendresse pour ta maman, la seule qui fait le poids sur la balance de ton coeur.
Je vous attends. Mes enfants. Le temps est à l’heure de l’amour…
Jérémie, à brûler ta vie. Électrique et à toute vitesse, d’un excès l’autre, tu m’oublies, ta mère. Aujourd’hui, je ne vais pas te le reprocher. Pose toi le temps d’un après-midi, autour du repas de Noël. Retrouve tes frères et soeurs. Frêle et si fragile. Je pourrais te câliner encore un peu, dis ?
Je vous attends mes enfants. Le temps peut bien s’arrêter un instant…
Diane, la séduction porte ton nom. Tes grands yeux énamourés, c’est à moi que tu les dois. Coquette, point trop n’en faut, laisse tomber ton poudrier, mets les coudes sur la table et dévore cette purée de marrons. Diane, chasse ce souci de vieillir. Regarde-moi, je te ressemble déjà, prise au filet de mes rides
Je vous attends mes enfants. Le temps laisse ses marques…
Nicolas, John et Marie, toujours en voyage je vous en voudrais si vous n’êtes pas exacts au rendez-vous. Tous ces bateaux, ces express, le TGV, un supersonique, à tourner autour de la planète, pour être en retard justement aujourd’hui, faire attendre sa mère, vous mériteriez que je disparaisse pour de bon.
Mes enfants. Je vous attends. Le temps ne va pas s’enfuir sans vous…
« TIC-TAC », bruit inéluctable de cette horloge… « TOC-TOC » l’on frappe à la porte les voici, voici mes enfants !
— « non, ne faites pas entrer mes petits-enfants, je ne les supporte pas ! »
— « eh bien, petite mère, qu’est-ce que vous faites comme ça, dans le noir ? Ce n’est pas bon pour votre moral et puis faut pas veiller aussi tard, il est plus que temps de vous coucher ! Vous avez vu l’heure !? »
— « Allez bonne nuit, petite mère, et encore joyeux Noël ! Un de plus, petite mère, un de plus... »
— « Allez Ginette, dépêche-toi il nous en reste encore une douzaine à coucher »
— « Pauvre petite mère, à chaque Noël, il lui en né des nouveaux dans sa tête, ça fait une drôle de ribambelle à présent. Si au moins elle avait réussi à en avoir un, un vrai, ce serait moins triste mais elle est restée aussi stérile que son imagination est fertile. À croire qu’avoir des enfants c’est pas donné à tout le monde.
SYRIELLE