Frappe avec la tête
Article 19 de la Déclaration universelle des Droits de l'homme:
"Tout individu a le droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit."
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« Frappe avec la tête » Ces mots m’ont tout de suite fait penser à la Chanson de Balavoine et à tous les écrivains et autres résistants argentins victimes des atrocités des militaires pendant la dictature.
Argentine
Le 24 mars 1976 le général Videla renverse le gouvernement d'Isabel Peron et instaure une dictature militaire.
Pendant sept ans, de 1976 à 1983, la parole est censurée, confisquée. 30.000 prisonniers disparaissent dans les camps de détention clandestine, kidnappés, séquestrés par les escadrons de la mort, torturés, soumis à des traitements inhumains puis assassinés par les exécuteurs des basses oeuvres. Et sous la botte des militaires tombent des guerrilleros urbains, des militants, des syndicalistes, des journalistes, des écrivains, des artistes, des professeurs, des prêtres, des religieuses, des jeunes aux cheveux longs, des barbus, des soupçonnés, les compagnes des soupçonnables. Tous des subversifs !
L'ordre et la sécurité règnent enfin dans Buenos Aires !
Comment rester indifférent à toutes ces atrocités ?
NUNCA MAS ! Plus Jamais ça !
Qui ne connaît pas ce slogan ?
La fin des dictatures est aussi la fin de la répression ?
Moi je réponds non et pas seulement parce qu’il reste encore des dictatures sur terre.
Dans nos pays occidentaux et modernes, les pouvoirs politiques organisent la misère intellectuelle. Nous sommes dans une période de déshumanisation ou l’acte intellectuel de lire ou de réfléchir n’a plus aucun prestige car il n’est pas productif.
Il n’y a plus de pudeur et l’inculture devient arrogance. Les ignares étalent leur inculture et s’en vantent. Croyant braver le système ils sont les premiers à marcher dans sa machination.
Prenons l’exemple de la lecture : lire c’est découvrir, c’est initier une conversation avec soi même, avec le livre, avec l’auteur, apprendre à penser et par la même occasion à repousser les limites. Aller plus loin chaque fois et s’éloigner des réponses faciles, des « oui » ou « non » des réponses à une syllabe.
La lecture est appréhender le monde, se découvrir soi mais aussi prendre la liberté et le pouvoir.
C’est justement pour cette raison que nos sociétés occidentales ne valorisent pas l’activité intellectuelle et réduisent les budgets de l’éducation et de la culture.
Ils veulent des individus perdus et soumis, des individus qui ne questionnent jamais.
Souvent notre société dévalorise le lecteur en le caricaturant. Un lecteur est un danger en puissance puis que capable de se soustraire au régime imposé par la culture officielle environnante.
Nous sommes de plus en plus nombreux à nous abrutir devant nos postes de télévision en prenant la télé-réalité pour la réalité. Une vision du monde complètement fausse.
Les enseignants, censés éveiller la curiosité et apprendre aux étudiants comment penser par eux-mêmes se trouvent confrontés à l’obligation d’imposer les codes d’une société qui veut tout sauf des individus qui pensent par eux-mêmes !
La pensée fonctionne comme un muscle, soit elle travaille soit elle s’atrophie. Les enseignants, soit ils abandonnent soit ils entrent en résistance.
Du matin au soir, nous sommes en permanence sollicités par notre environnement agité et bruyant ou tout est fait pour nous abrutir.
L’école, résistants à part, nous prépare à lire de la propagande, ce qui est superficiel, qui défile sur des écrans, slogans, publicités, etc.…
Ce n'est pas fascisant que de restreindre l’imagination ?
Mais revenons, pour terminer, au sujet Argentin :
Un jour de 1977, les mères et les grands-mères commencèrent à affluer sur la place de Mai.
Chaque semaine devant la Casa Rosada elles tournèrent en rond
En place de Mai
Jusqu'à ce qu'on rende
A leur amour fou
Un fils ou un père
Un homme un mari
Enlevé sur l'ordre
D'une dictature
Jusqu'à ce qu'on rende
A tout accusé
Pour des raison d'idées
Une vérité
Ils les appelèrent Les folles de la place de Mai, pour les déconsidérer, mais elles continuèrent .
Certaines en moururent.
Pas leur quête incessante.
Mort aux dictats !
Mort aux dictateurs !
Emmy
Pour ceux qui ne connaissent pas la chanson de Balavoine, voici les paroles :
Frappe avec ta tête ( à l’écrivain argentin) 1983
Sous la torture
Derrière les murs
Les yeux remplis d'effroi
L'homme aux vœux purs
Souffre et endure
Les coups sourds de la loi
Noyés par les bulles rouges
Ses mots muets
S'élèvent et s'écrasent sur la paroi
L'écrivain plie mais ne rompt pas
Ressent une étrange douleur dans les doigts
Délire en balbutiant qui vivra vaincra
Dans la cellule du poète
Quand le geôlier vient près de lui
Quand plus personne ne s'inquiète
L'homme que l'on croyait endormi
Frappe avec sa tête
A court d'idées
Ils t'ont coupé
Et ta langue et les doigts
Pour t'empêcher
De t'exprimer
Mais ils ne savent pas
Qu'on ne se bat pas
Contre les hommes
Qui peuvent tout surtout pour ce qu'ils croient
Et l'homme infirme retrouve sa voix
Défie le monde en descendant de sa croix
Et sort la liberté de l'anonymat
Dans la cellule du poète
Quand le geôlier vient près de lui
Quand plus personne ne s'inquiète
L'homme que l'on croyait endormi
Frappe avec sa tête
Frappe avec ta tête...